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Son tramway

 

Train 020

 

 


Comme beaucoup d'autres communes
St Ciers va connaître la "révolution" provoquée par l'arrivée du train sur ses terres.


Jusqu' alors, seules les grandes villes du département comme La Rochelle et Rochefort étaient reliées à Poitiers par voie ferrée depuis 1857 ; les villes de Rochefort, Saintes et Angoulème furent reliées entre elles par voie ferrée en 1867.
En somme, seules les grandes villes bénéficièrent dans un premier temps de l'arrivée du "cheval de fer".

Un décret d'utilité publique pris par le Président de la République le 20 Janvier 1893 autorisa à faire exproprier tous les terrains nécessaires à l'établissement d'un "réseau de tramways, à traction de locomotives sur chemin de fer, dans les départements de la Charente et de la Charente-Inférieure", afin de constituer des lignes de Saintes à Mortagne, de Pons à St Ciers la Lande, de Pons à Barbezieux, le réseau de l'Ile de Ré et enfin la ligne de Touvent à Jonzac.


Par arrêté en date du 28 Octobre 1893, le préfet désignait les localités sur lesquelles les travaux d'aménagement devaient avoir lieu, et notamment St Ciers. Une décision ministérielle datée du 8 Février 1895 approuvait le projet définitif d'éxécution des lignes Pons-St Ciers la Lande et Touvent-Jonzac.

Les plans des stations (gares) sont soumis pour approbation au préfet le 8 Octobre 1895.
Les actes d'expropriation à l'amiable (cela reste à démontrer car plusieurs propriétaires refusèrent de fournir les actes notariés de propriété selon plusieurs comptes-rendus de conseils municipaux ad-hoc) furent signés en mairie entre les cinquante propriétaires concernés et Mr Jeancard, représentant la Compagnie des Chemins de Fer économique des Charentes, les 3 Avril , 7 Juin , 7 Juillet , 8 août , 20 et 21 octobre 1896.

Les travaux dûrent être rapidement exécutés car, dès le 11 Mars 1896, une affiche de la Compagnie des Chemins de Fer informe le public de la future mise en exploitation le 21 Mars 1896 (avant la date de signature des actes d'expropriation !) de deux sections, celle de Touvent à La Bergerie avec embranchement sur Port Maubert et celle de La Bergerie à Mirambeau. Ces deux lignes comprenaient, outre la gare de Touvent commune avec la ligne de Saintes à Mortagne, les gares de Brie-sous-Mortagne, St Fort, Port Maubert, Lorignac, Ste Ramée, St Ciers du Taillon, Consac et la Bergerie d'une part, et La Bergerie, St Dizant du Bois et Mirambeau d'autre part.
Une façon comme une autre de "mettre la pression" sur les négociations avec les propriétaires de St Ciers.

 

Le premier train fut mis en marche le 21 Mars 1896, comme annoncé, au départ de Mirambeau à 8H 45 du matin sous le nom de train N° 4.

 

Letrain webLes deux voies de la gare sont occupées.

 

1C'était pas la foule !

 

3 1Après la gare de Saint Ciers...c'était la pause à la gare de triage de La Bergerie à Consac

pour aller vers Jonzac ou Mirambeau

On ne connaissait pas encore le stress, le TGV...la rentabilité !!!

 

 

 

La ligne se poursuivait au-delà de la Bergerie en direction de Jonzac en desservant les gares de Nieul le Virouil, Guitinières et St Germain du Seudre.


Il faut croire que l'arrivée de ce nouveau moyen de transport bouleversa fortement le comportement de la population, tant en ce qui concerne le transport des personnes que celui des marchandises, car de très nombreuses demandes et pétitions furent recueillies dans les mairies des environs pour obtenir de la Compagnie des Chemins de Fer des arrêts facultatifs pas toujours justifiés; la plupart furent rejetées.
Ainsi une demande d'arrêt "chez Tanchereau" en 1898 sur la commune de Consac est rejetée car trop peu de gens sont concernés et la distance entre les gares de Consac et La Bergerie trop courte.

Par contre, le Conseil Municipal de St Ciers, en date du 19 Juin 1898 émet un avis favorable à la demande d'un arrêt facultatif au passage à niveau du chemin vicinal n° 5 entre la gare de St Ciers et celle de Consac suite à la pétition des habitants des hameaux de Couis, Létage, Chez Guérineau, Les Rois, Chez Jouet, Chez Sablereau et autres...."considérant que cet arrêt serait de nature à abréger considérablement la distance à parcourir aux habitants des dits-hameaux à leur descente du tramway qui a lieu actuellemet soit à Consac soit à St Ciers". Cet arrêt aurait son panneau au nom de "Couis- Létage" sur la route de Consac, et donc à mi-chemin entre ces deux hameaux.

Un rapport des Ponts et Chaussées daté de 1914 fait état de 4 trains en circulation journalière entre Touvent et Jonzac, mais on note également que des suppressions de trains sont déjà à l'ordre du jour pour tenir compte du "faible nombre de voyageurs" ; on relève également des refus de mise de place de billeteries dans des petites gares comme Sainte-Ramée ; à titre d'exemple, le nombre d'allers-retours entre Sainte-Ramée et St Ciers n'était que de 31 en 1899.

 

Les habitants vivaient l'euphorie provoquée par ce nouveau moyen de transport qui leur permettait par exemple d'aller beaucoup facilement et rapidement qu'auparavant à la Foire Mensuelle de Jonzac mais découvraient une nouvelle notion encore inconnue : la rentabilité.

Ils découvrirent également que l'exploitation du chemin de fer à travers leur campagne jusqu'alors traversée par les voitures à chevaux n'était pas sans risques :
- déraillement d'un train à Lorignac à cause d'une mauvaise manoeuvre d'aiguillage d'un chauffeur nouvellement nommé.
- découverte du corps d'une femme écrasée par le train le 18 Août 1906 alors qu'elle errait à travers la campagne, ivre depuis plusieurs heures selon des témoins.
- découverte du cadavre d'un ouvrier qui travaillait sur la voie et qui avait dû s'endormir trop près des rails 
- accident à 200 mètres de la gare de St Ciers "le long de la route départementale n° 7" (future R.N. 730) avec une voiture à cheval conduite par Mr Seguin de Lorignac ; le cheval effrayé par l'arrivée du train qui ne roulait pourtant qu'à 35 km/h tourna brusquement sur lui-même et projeta contre le train la voiture qui eut l'arrière et l'essieu brisés.
- tamponnement en juin 1914 d'une voiture à cheval à St Fort, les occupants furent tous grièvement blessés ; le cheval s'en sortit, quant à lui, avec une belle frousse.
- déraillement sans gravité le 11 Avril 1914 à proximité de la gare de La Bergerie dû à un affaissement de la voie.

Le train était donc dorénavant bien présent dans la vie de tous les jours avec ses bons et ses mauvais côtés.

 

Marc Bouquet, alors enfant, se revoit assis sur le cadre du vélo de son père, 
gendarme à St Ciers dans les années 1920, 
qui, fatigué de pédaler, fit un jour stopper en pleine campagne le tram
pour qu'ils puissent monter à bord.
Inutile de vous dire qu'il était très fier de constater
que son père avait le pouvoir d'arrêter le train !

 

 

Le Département rachètera le 01 Février 1928 le réseau ferré à la Compagnie des Chemins de Fer économique des Charentes pour en confier la gestion à la Régie Départementale d'Aunis et Saintonge qui exploite déjà à cette époque un réseau d'autobus.

Les Taillonnais encore vivants se rappellent du train transportant les voyageurs "qui partaient passer la jhornée à Jhonzac" ou des produits divers comme des engrais, de la grave extraite de l'estuaire de la Gironde et chargée au port de Maubert. Le père de l'auteur se souvient qu'il arrivait que le train, trop chargé ne pouvait gravir la faible pente qui permet d'accèder aux coteaux en direction de Consac ; il était donc obligé de faire marche arrière et de laisser en gare de St Ciers un wagon plein de cette précieuse grave de Maubert.

Son activité cessera définitivement avec l'arrivée des troupes allemandes qui réquisitionnèrent les hommes de la commune pour démonter ses rails, sans doute pour en fondre le métal à des fins militaires.

 

 

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