Instants de vie

 

Les risques du métier de gendarme

( raconté par Marc Bouquet, fils de gendarme à St Ciers)

 

 

Legendarme web
Accidentgendarme

 

Nous sommes en fin d'année 1925. Cest l'hiver, il fait grand froid !
Le gendarme Bouquet est en patrouille avec un collègue sur le secteur A de St Ciers à Touvent.
Les deux pandores, engourdis par le froid, appuyant fortement sur les pédales de leurs bécanes parvenaient difficilement à rouler sur un chemin gelé.
Le gendarme qui roulait en tête s'aperçut soudain que son collège ne le suivait plus, il rebroussa donc chemin et le trouva sur le bord d'un champ, sans connaissance, étendu de tout son long, le visage ensanglanté déjà coagulé par le froid.
Le gendarme Bouquet fut ramené à la brigade de St Ciers , un oeil sorti de son orbite avec une fracture de la boîte crâniène.
Son fils, qui avait alors 4 ans, a toujours la vision de cet homme que ses collègues portaient, assis sur une chaise, pour lui faire monter l'escalier et le mettre précautionneusement sur son lit.

Informé de l'accident, le curé (dont nous parlerons plus loin) s'est présenté à l'appartement du gendarme pour apporter son aide morale à la famille et visiter le blessé.
Le médecin ayant remis l'oeil dans son orbite en précisant que le patient était en mauvaise posture, le curé se pencha vers l'homme allongé qui, l'observant d'un oeil malicieux, lui expédia un crachat sanguinolent sur la soutane.
Se relevant en souriant le prêtre dit : " Merci de cette décoration, tu t'en sortiras".
Il quitta l'appartement du gendarme en montrant fièrement cette tache rouge sur sa poitrine (anecdote racontée plus tard par le gendarme lui-même à son fils).

Suite à cet accident, le gendarme Bouquet fut transporté à l'Hôpital de Saintes, où il fut trépané.
les médecins laissèrent entendre à son épouse qu'il pourrait devenir fou ou paralysé. A sa sortie de l'hôpital, il revint pendant quelques temps à la brigade.
Pour éviter la paralysie, les médecins lui avaient recommandé de faire du sport; il se mit donc à bêcher son lot de jardin, et à le rebêcher, sans rien planter; ce qui suscitait la compassion de ses collèges gendarmes.
Mis à la retraite, il se retira chez son père à Médis. Quatre ans plus tard, il retrouva miraculeusement toutes ses facultés intellectuelles et prit un commerce à Cozes vers 1929.
Après avoir pris un fermage près de Gémozac, il reprit un commerce à Médis jusqu'en 1945, tout en continuant à jardiner et à faire valoir quelques terres de vigne et autres cultures jusqu'en 1965. Il décèdera en 1972.

 

 

 

Règlements de comptes à la brigade

 

 


Au cours des années vingt, l'évolution technique permit l'essor de la construction automobile, permettant l'installation dans tous les coins de France, de dépositaires des différentes marques ainsi que des moyens mis à la disposition des automobilistes pour remédier aux incidents ou accidents mécaniques qu'ils n'allaient pas manquer de connaitre

Saint Ciers, comme tous les chefs lieux de commune, avait son Garage, au centre du bourg, tenu de main de maître par Mr Justin SIMON, agent de la marque CITROEN pour le concessionaire ARDON de Saintes.

 

 
 

Garage simon

 

 

 

 

le garage SIMON
(Justin SIMON ne figure pas sur la photo, son épouse Marie est au centre)
 

 

Les gendarmes assuraient leur service, dont les tournées, à bicyclette et l'on sait la mésaventure qui arriva à l'un d'eux au cours de l'hiver 1925.
Suite à cet incident dramatique, les discutions allaient bon train au sein de la brigade pour demander à la hiérarchie de mettre à sa disposition un véhicule, au moins pour assurer les missions les plus pénibles.

Comme toujours, il y avait les "pour" et les "contre".
Parmi les "pour" il y avait le gendarme Moreau. Très attiré par la mécanique et le modernisme, il avait fait de Mr SIMON un ami avec lequel il engageait des discutions interminables à comparer les performances des différents modèles, leur maniabilité et autres caractéristiques de fonctionnement.
Les rencontres de ces deux passionnés étaient commentées sévèrement par les partisans du "non" à la brigade; ce qui n'empêcha pas notre novateur d'apprendre à conduire ces "engins" et d'acquérir une Auto.

Le jour de la livraison du véhicule, notre militaire vint au garage en prendre possession, s'initia aux commandes et, "fier comme Artaban", parcourut la rue principale de St Ciers et vint s'immobiliser devant la brigade.
Soudain le Chef de Brigade, s'extirpant de son fauteuil, ne fit qu'un saut jusqu'au conducteur en l'apostrophant "gendarmesquement" :
- vos papiers, autorisation de circuler, certificat de capacité, documents relatifs au véhicule !
- Chef, je ne peux vous présenter que les papiers concernant le véhicule. Vous n'ignorez pas que je passe l'examen du certificat de capacité ces prochains jours.
- Je ne veux pas le savoir ! Le décret portant règlement relatif à la circulation automobile, section 1, titre 3, articles 11 et 12, stipule que tout contrevenant est passible d'une amende. En conséquence, je vous dresse un procès-verbal pour conduite sans certificat.

Pris en faute et respectueux de la Loi, le gendarme Moreau s'exécuta et paya son amende.
A quelques jours de là, notre militaire en service sur la voie publique aperçoit l'épouse de son Chef de Brigade qui, montée sur son vélo, allait faire ses courses.

- Bonjour Monsieur Moreau, comment allez-vous ?
- ..............
- Que se passe-t' il ?
- Madame, présentez-moi votre plaque de vélo !
- Vous savez bien que nous n'en avons pas !
- Madame, constatant que vous êtes en infraction avec la loi, je suis dans l'obligation de vous dresser contravention.

La Dame paya son "contredanse"; l'histoire fit le tour de la commune, la population s'en amusa.
Quant à l'ambiance à la brigade ? nous n'avons pas de témoignage à ce sujet.
On peut aisément supposer qu'elle fut très "tendue"car l'affaire n'en resta pas là.
En effet, le gendarme Moreau fut "déplacé" à la gendarmerie de St Genis.

Cet éloignement géographique, somme toute très limité, n'empêcha pas notre gendarne désormais "mécanisé" de venir fréquemment rendre visite à notre garagiste, Justin SIMON.
 

 

 

Les gendarmes, le dimanche après-midi....et le curé

 

Marc Bouquet se souvient que les gendarmes, du moins ceux qui n'étaient pas de service, se rendaient dans un café en face de l'église pour "taper" la belote, la manille ou bien jouer à la luette. Le quatrième lascar était Monsieur le Curé.
En fait de café, il devait s'agir du restaurant, situé effectivement en face de l'Eglise, tenu jusque vers 1926 par Mr Loriaud qui détenait une petite licence pour les boissons.

Comme c'était l'heure des vêpres, les pandores prévenaient le brave curé que les cloches l'appelaient pour l'office de l'après-midi.
Invariablement il répondait : " le dimanche je n'officie pas l'après-midi car il n'y a rien à boire, alors qu'ici, en votre compagnie, je peux m'humecter la glotte".

 

 

Abbe

Il devait s'agir de l'Abbé Chevallereau qui fut curé de St Ciers de 1911 à 1935.


IL s'agit d'une véritable figure locale, de taille plus élevée que la moyenne de l'époque, qui attirait la sympathie avec son air jovial, son regard malicieux caché derrière ses lunettes et sa barbe rousse et cuivrée.

Les habitants de la paroisse , toutes opinions politiques ou religieuses confondues, s'entendaient bien avec ce curé qui était un bon vivant.


Et bon vivant, il pouvait l'être, car ses moyens financiers le lui permettaient. Considérant que son ministère était de maigre revenu, il était devenu agent d'assurances. Il disait : " Mon assurance me nourrit, mes ouailles ne me nourrissent pas".

Il possédait une cave très bien fournie en bons vins, invitait à sa table des amis pour partager l'excellente cuisine que lui faisait sa bonne.
Il était également amateur de belles voitures. Ainsi il alla chercher lui-même une voiture neuve aux usines Citroën de Javel à Paris. Il eut en autre une Citroën "Trèfle" à 3 places, une Peugeot 201 puis une Citroën "Rosalie" de 10 CV.

 

 

Sa vie de curé "épicurien" s'arrêta brutalement en 1934 dans les virages de la Montée Blanche près de St Ciers, lors d'un accident automobile provoqué par une attaque cérébrale (le Seigneur lui faisait-t'il payer ses péchés de chair ?).


 

 

 

 

Il mourut l'année suivante à 54 ans. Il repose dans le cimetière de St Ciers, dans un tombe à même le sol, dans l'allée centrale, au pied de la Croix.

( article de Jacques Lamontellerie dans l'Echo Taillonnais printemps 1998)
 

La croix du cimetiere web

 

 

 

Le gendarme et les...coureurs !

 

Lorsque le gendarme Bouquet n'était pas de service, le jeudi, il constatait que les enfants se trouvaient livrés à eux-mêmes, se chamaillaient et, il faut bien le dire, s'ennuyaient.
Alors, il organisait de petites épreuves sportives sur le terrain situé en face de la brigade ou bien sur la route qui servait de piste de course.
De ses propres deniers il attribuait un prix au vainqueur de l'épreuve.
En 1924, les subventions n'existaient pas !
 

 


Merci à Marc BOUQUET
pour ces témoignages
sur les gendarmes de cette époque

 

 

 

Petite fille pendant la Guerre

 

Née ne 1934, Michelle Laurent est une toute petite fille au début de la guerre.
Son esprit d'enfant ne comprenait cetainement pas les évènements qui se déroulaient mais a gardé une image particulière de cette époque.
Elle se souvient que les soldats allemands avaient réquisitionné la grange de son grand-père Dubournais pour y loger leurs chevaux.
Le commandant du détachement allemand l'avait prise en amitié car il avait une petite fille en Allemagne qui lui ressemblait beaucoup.
Aussi la prenait-il avec lui sur son cheval lorsqu'il faisait la revue de ses troupes pour sa plus grande joie et...à la plus grande fureur de son grand-père Laurent qui était un grand invalide de la guerre de 1914-1918.
Pour tout dire, il fait préciser que la première fois où il l'a vue ainsi accompagnée, il la fit descendre illico-presto du cheval et la ramena manu-militari à la maison, malgré ses hurlements.
Par la suite, le commandant allemand venait la chercher lorsqu'il savait le grand-père absent.

 

 

Merci à Michelle LAURENT-GOLEC
pour ce moment de fraicheur

 

 

 

Petit boniment envoyé
aux familles chrétiennes en 1906

 

 

Conformément à la dernière lettre pastorale de Mgr l'évèque, les familles chrétiennes de la paroisse sont informées que M. le Curé demande à chaque membre :

1 - s'il vient à la religion catholique dans laquelle il est né et où ses parents sont morts.
2 - quelle cotisation il offre pour l'entretien du Culte, du Curé et de l'Eglise dans la paroisse.

La réponse sera inscrite sur un registre à souche qui restera entre les mains de l'administration diocésaine et que l'Etat n'aura pas à visiter.

Si la réponse est négative en tout ou partie, une double sanction est à venir : l'une individuelle privera des honneurs que l'Eglise rend à ses enfants, durant leur vie ou après leur mort, celui qui aura déclaré ne pas vouloir la religion et refuse tout concours à son entretien; l'autre collutim réduira à la simple visite périodique d'un prêtre la paroisse qui n'aura pas fait preuve de toute la bonne volonté pour avoir une livrée ou même elle supprimera tout à fait le Culte là où on n'aura rien tenté d'efficace pour la maintenir.

d'entre eux sur le carnet à souche qui reviendra à l'Evéché avec le total récapitulatif des offrandes.

L'attestation de la catholicité avec son numéro et la lettre de série garantira aux vrais fidèles les privilèges que l'Eglise réserve à ses enfants. Elle sera donc détachée du carnet et remise aux adhérents. A ces privilèges traditionnels se joindra désormais celui de la gratuité des sépultures et des mariages dans les conditions prévues par la Lettre Episcopale.

C'est aux chefs de famille de réfléchir sérieusement à l'accueil qu'ils doivent faire à l'appel que Dieu leur adresse à travers les violences exercées contre l'Eglise. On n'a rien fixé sur la somme des cotisations individuelles et collectives. Celles du pauvre seront accueillies avec une aussi vive reconnaissance que celles du riche.
Les uns et les autres doivent l'expression de la foi de chacun et le témoignage de la générosité.
Sans doute, on aura d'abord l'intention de donner à la paroisse où l'on réside, c'est tout naturel mais l'avenir de celle-ci étant une fois assurée, le vrai chrétien ne perdra pas de vue l'intérêt général de l'Eglise et sa charité, large comme l'Evangile, tiendra à contribuer aux secours que fraternellement les Eglises se doivent entre elles.

Prière de se présenter au presbytère pour se faire inscrire avant le 20 août 1906.
A partir de cette date, les registres seront clos et aucune demande d'inscription ne sera admise.


(comme quoi, tout ce négociait déjà à cette époque-là !)
(il faut également préciser que c'était l'époque de la séparation de l'Eglise et de l'Etat).

 

Texte retrouvé par
Michelle LAURENT-GOLEC

 

 

Le drapeau français sur l'église en 1944

 

Nous sommes en Juillet 1944.

Les alliés ont débarqué depuis quelques semaines en Normandie; les troupes allemandes ont remonté vers les nord à leur rencontre
en faisant en route plusieurs massacres comme à Oradour s/Glane.
Le conflit se déplace du territoire français au territoire allemand.

Mais le département connait toujours la guerre.

L'Etat-major allemand avait décidé de conserver ses positions sur la côte atlantique dans le cas d'un reversement de situation.
Les régions de Royan, l' Ile d'Oléron et de La Rochelle constituèrent des " poches" de résistance à la Libération.
Le 5 Janvier 1945, la ville de Royan fera l'objet d'un bombardement qui commençera vers 5 heures du matin. Le père de l'auteur se souvient qu'il regardait à l'aide de jumelles les chapelets de bombes larguées par les bombardiers anglais qui continuaient leur funeste travail en début de matinée; le vacarme de leur explosion sur la ville, bien que située à 45 km de St Ciers, était parfaitement audible.
Le département sera progressivement libéré par les F.F.I., une partie de la Division Leclerc ( 2ème D.B.) et une brigade d'artillerie américaine.
Ainsi, la bataille de Royan prendra fin le 18 avril, l' Ile d'Oléron sera libérée le 1er mai 1945.

Les troupes allemandes étaient donc toujours présentes à St Ciers.

Leur présence n'empêchait pas cependant certains adolescents d'exprimer le côté espiègle, voire inconscient de leur jeunesse.
Ainsi, Raymond Combas ( 14 ans), reussit à subtiliser dans la maison qui servait de Kommandantur au centre du bourg, deux baïonnettes et leurs fourreaux de cuir que les soldats avaient accrochées à des patères disposées dans le couloir du bâtiment. Il va de soi " qu'il ne fût pas félicité par son père qui imaginait déjà les pires représailles; les armes furent soigneusement cachées, l'affaire en resta là.

Un autre " exploit" , de groupe cette fois, fut beaucoup plus remarqué.
Dans la nuit du 13 au 14 Juillet 1944, Jean Biguereau ( 20 ans, un des fils du boucher Charles Bignereau), René Lamontellerie ( 14 ans) et son frère Michel ( 16 ans) trois cousins Michel Combas (15 ans) Pierre Combas (16 ans) et Raymond Combas décident de " piquer" la clé de l'église détenue par Mr Loriaud, de prendre le drapeau des Conscrits conservé caché dans la sacristie et d'aller l'accorcher sur le toit de la maison du Seigneur; Jean Biguereau et Pierre Combas se chargeront de la tâche périlleuse pendant que les autres acolytes feront le gué au pied de l'édifice.

 

 

 

Le drapeau flotte web
Drapeau web

le matin, le drapeau flotte

les pompiers décrochent le drapeau

merci à Mme Biguereau, veuve de Jean Biguereau, pour le prêt de ces photographies
 

 

L'exploit ne fut pas du goût du maire qui fit appel aux pompiers de St Fort s/Gironde pour décrocher le drapeau le jour-même.


Les " grimpe en l'air' n'en restèrent pas là et, la nuit suivante venue, prirent trois pots de peinture ( bleue, blanche et rouge bien sûr) regrimpèrent sur le toit de l'église en utilisant son escalier intérieur et colorièrent la girouette aux couleurs de la France. Pour l'anecdote, le pinceau était tenu par un autre larron, Juste Richer.
 

Le boucher web

commentaire du boucher : ils sont gonflés, les mômes, d'être grimpés là-haut !! 

 

Ce " drapeau-là" ne pût pas être descendu par le maire ! Non mais !!!

 

Monsieur Noël, le cafetier, avait alors promis ce jour-là aux "grimpe en l'air" une tournée; ce dont il s'aquitta à la Libération.
 

 

L'exploit de ces sept lascars, adolescents boutonneux, peut ressembler à une farce de gosses mais demande à être replacé dans le contexte de l'époque. En effet, ces adolescents n'étaient pas sans connaitre les faits graves qui s'étaient déroulés plusieurs mois plus tôt à St Thomas de Conac. Ils savaient qu'ils prenaient d'énormes risques.

Ainsi, un an plus tôt, le 12 avril 1943, à St Thomas de Conac, huit jeunes avaient été arrêtés pour avoir chanté "la Marseillaise" et conspué le Commandant HUBERT, Inspecteur Général de la Milice. Sept furent déportés : René Berthelot, Emile Guiraud, René Rouet, Serge Sermot, Henri Cathelineau, André Grolleau et Maurice Guilbert. Les trois derniers ne reviendront jamais.

Cette version des faits est la version communément admise, retenue et répétée par les gens de l'époque et reprise dans certains livres parus après-guerre à partir de témoignages dont la sincérité est aujourd'hui fortement remise en cause.

Cette version des faits entérinait l'idée que le Commandant Hubert était le responsable de la déportation de ces jeunes de StThomas de Conac. Elle est aujourd'hui remise au cause par plusieurs personnes de sa famille qui ont mené un véritable travail d'enquête en consultant tous les dossiers d'archives aujourd'hui disponibles. Leurs conclusions sont que cette version des faits est fausse, que les dates sont erronées et que le Commandant Hubert n'est nullement responsable des premiers faits (rixe) à l'origine de l'affaire, de leur arrestation le 12/04/1944 et de leur déportation. Un groupe d'habitants de St Thomas décide de se venger et assassine le Cdt Hubert le 23/08/1944.

Pour connaitre le détail de cette enquête, je vous invite à consulter la page L'affaire du Commandant Hubert  Cette page est un résumé de la page que consacre Patrice Thobie à son cousin le Cdt Hubert ( http://gw.geneanet.org/pthobie?n=hubert&oc=&p=jean+nolas ) et que je publie avec son accord et sous sa responsabilité).

 L'étude de ce dossier montre à quel point il n'y avait pas une vérité mais des vérités fausses ou parcellaires.; tout et son contraire faisait office de vérité. Mais le mot "vérité" pouvait-il avoir un sens dans une période aussi troublée par l'Occupation, la Politique, les rapports plus ou moins douteux avec l'Occupant, le marché noir, les Résistants réels, supposés, factices ou de la denière heure et par les règlements de comptes à tout va ?



Les manoeuvres hostiles envers les collaborateurs ou supposés comme tels commencaient à se multiplier comme à Saintes le 14 janvier 1943 contre la vitrine du Rassemblement National Populaire ( R.N.P.), le 14 mai 1943 un pavé lancé dans la vitrine de propagande du S.T.O. par le groupe F.T.P.F. "Liberté" à Rochefort, le 12 aôut la vitrine d'un boulanger collaborateur explose à Gémozac (les rapports de la Sureté Nationale et de la la Gendarmerie de l'époque en attestent).

La tension était d'autant plus vive que la présence de la Résistance, qui commença à s'organiser dans le département de façon très discrète dès les premiers jours de l'invasion le 23 juin 1940, se faisait de plus en plus présente et agissante autour de St Ciers.
Les archives de l'année 1944 des mouvements de résistance comme les F.T.P. par ex. parlent des maquis "Bob" et ""Yvon" à Ozillac, du maquis "Georges le Corse" à Pleine Selve, du maquis "Bonnet" à St Genis, à Montendre du groupe "Georges" Gendron, d'un dépôt d' armes constitué par la Section Spéciale de Sabotage (S.S.S) "Jacques" à Chamouillac.
De plus, de nombreux maquis stationnés à l'extérieur du département avaient déjà commencé à opérer dès le début de l'année 1944.

La liste des interventions, notamment sous forme de sabotages, de tous ces groupes ( locaux ou extérieurs) dans la plus petite des communes de la région est longue.
Ainsi, le 8 janvier 1944 sabotage de 8 locomotives à Saintes,le 10 mai à Mosnac-sur-Seugne le déraillement d'un train de la Milice par les F.T.P.F, le 1er juin sabotages de rails à Bussac-Forêt, attaque d'une voiture d'Etat-Major allemande par les F.T.P.F. à Saintes le 30 mai.
L'acte le plus spectaculaire et le plus efficace fût, sans conteste, le sabotage effectué aux carrières d'Hurtebize, près de Jonzac, par Pierre RUIBET (19 ans) qui fit exploser le 30 juin, vers 8 heures du matin, le plus important dépôt de munitions de la côte atlantique de la Kriegmarine allemande; il y perdra la vie. Quant à son complice, Claude GATINEAU, il sera arrêté sur place et torturé.
Il sera fusillé le 1er juillet, en présence des ouvriers du dépôt, sans avoir livré le nom des membres du groupe "Alerte", corps franc venu de Bordeaux qui avait reçu l'ordre de réaliser ce sabotage.


L'intervention de ces sept adolescents pour fixer le drapeau tricolore au clocher de l'église le jour de la Fête Nationale 
aura t'il eu valeur de symbole pour les Taillonnais ?Certains ont pu dire que c'était de l'inconscience, compte-tenu de la situation de violence et d'insécurité qui prévalait alors.


Un compte-rendu du Sous-Préfet de Jonzac indique d'ailleurs qu'une affiche fut collée sur la "pompe municipale" le même jour : " AVIS - Les collaborateurs, les filles à soldats, les profiteurs du marché noir, votre jour approche. Vous aurez des comptes à rendre. Les F.F.I. "

Il faut préciser, pour essayer d'être impartial, que tout n'était pas très "limpide" parmi les différents mouvements de résistants.

Ainsi "Dédé le basque", estimant qu'ils étaient des éléments douteux, , fera exécuter, le 11 août "Georges le Corse" (qui agissait sur Pleine Selve puis vers Plassac) et sa compagne Marguerite Nicolas le 13 août, après un jugement sommaire.
Un autre maquis , sous les ordres de G...ex-avocat à Dakar, opérait dans la région mais pour son propre compte avec des méthodes très particulières (pillages de ferme, de bureaux de tabacs). Ceux qui l'hébergèrent furent arrêtés.Quant à G..., il fut arrêté par la brigade de gendarmerie de St Ciers du Taillon, avec trois de ses maquisards, le 6 août à St Dizant du Gua, sur instructiuons du chef F.F.I de l'arrondissement qui jugea que ses agissements déconsidéraient la Résistance. Le lendemain, une trentaine d'hommes en armes cernaient la gendarmerie de St Ciers pour délivrer leurs quatre camarades; mais ceux-ci n'étaient déjà plus là.

Ainsi donc, il en allait de même dans la Résistance comme dans la population civile.
Il y avait les soumis, les neutres, les convaincus, les sincères, les révoltés...
et les opportunistes.
Et que dire des Résistants de la Dernière Heure, ceux qui venaient de comprendre "que le vent avait tourné", qu'il était sans doute temps
de se refaire une virginité et...éventuellement de penser à se faire du fric, encore du fric !!!


Car, après le temps du marché noir, allait venir le temps de la Reconstruction !
De belles affaires en perspective...pour qui a le sens de l'anticipation !
Les anciens de la commune pourraient sans doute en témoigner.

A chacun sa conscience !


La Grande Histoire n'est pas seulement faite des actes et des paroles (surtout des paroles...???) des "Grands Hommes"
mais aussi de l'accumulation de petits gestes de "petites gens".

A chacun de juger !

Les actes de guerre continueront de se produire tout autour de St Ciers durant les mois suivants.


Ainsi, pour ne parler que des faits les plus proches, le 13 août au matin, la S.S.S. "Jacques" intercepte deux véhicules allemands à Mirambeau (12 allemands seront tués), le même jour à 8 heures à St Ciers-du-Taillon une même attaque sur un véhicule allemand fait 10 tués, un peu plus tard à 10 H 45 un camion allemand est attaqué à la Montée Blanche (3 tués, 2 blessés) selon les archives de la Gendarmerie.
Entre Plassac et St Genis, quatre attaques contre des convois de la Vehrmacht font 7 morts et 10 blessés; entre St Genis et St Fort au lieu dit "la Boîte aux Lettres" le même groupe attaque et détruit un camion plein de 15 000 litres d'essence, un camion-radio, récupère un apppareil radio (2 tués, 2 blessés) selon les archives du réseau "Actor".

Puis vint l'annonce de la capitulation générale de l' Allemagne le 7 mai 1945.

Comme elle l'avait promis, Mme Charrière, qui habitait au village du "Moulin Rompu" surplombant le bourg, fit exploser deux bombes anti-grêle pour annoncer la nouvelle tant attendue de tous.

La fête pouvait commencer !

 

Témoignage Michelle LAURENT-GOLEC et Raymond COMBAS
livre de Henri GAYOT " Charente-Maritime 1940-1945 Occupation Résistance Libération

 

 
 

 

BLANCHAR (D)
ou de St Ciers...à l' Algérie...jusqu'au succès
au Théâtre et au Cinéma

 

Pierre blanchar

 

Nous sommes en 1783.

Joseph BLANCHARD, fils de Pierre BLANCHARD ( né le 7 avril 1761 à Pons St Vivien) et de Catherine Jacquette CHARDAVOINE (née aussi à St Vivien) vient de naitre au village de La Fontaine.

Le père et la mère, tous deux tisserands, se sont installés depuis quelques années à La Fontaire pour exercer leur art de tisserand serger.
Dans un acte, il sera dit du fils " qu'il est domicilié avec son père, au tissage de la Fontaine, en cette commune" .

Joseph, serger au tissage de son père, épouse Marianne ROBINAUD (belle -fille de François ARNAUD, fileur de laine) domiciliée à La Fontaine.
ILs auront plusieurs enfants dont Joseph BLANCHARD qui nait en 1809 à L aFontaine.


Que se passe-t'il à cette époque-là à St Ciers ?
Pourquoi retrouve-t'on Joseph BLANCHARD à Paris en 1848 ( la misère, le désir d'aventures, le mirage des Ateliers Nationaux car la révolution industrielle était déjà en marche ) ?


Notre célibataire endurci, après avoir été accepté comme participant au 5ème convoi de parisiens, s'embarque pour l'Algérie pour créer le village de Robertville ( future Constantine).
Il y obtiendra une concession, se mariera avec une jeune fille du même convoi; ils auront en 1854 un fils, Joseph Alexandre.

Joseph BLANCHARD, aventurier comme son père, abandonne l'Algérie, sa jeune femme désespérée et son fils de 16 ans pour s'engager dans "Les Francs Tireurs de Philippeville", rejoint la Métropole et se retrouve dans l'Armée de l' Est, mal équipée, abandonnée de tous. Il mourra dans un hôpital en 1871, des suites de cette aventure militaire.

Son fils, Joseph Alexandre Neptune BLANCHARD, ne reprend pas la concession de son père mais renoue avec le passé de ses ancêtres de Saint Ciers du Taillon. Il commence à travailler comme Commis dans une grande mercerie de Philipeville puis, quelques années plus tard, devient le patron de l'affaire avec sa jeune épouse.
"Les magasins BLANCHARD" se développeront pour devenir dans les 1950 les plus grands magasins de mode de la ville.
Le couple aura deux filles et trois garçons.
L'ainé des fils, officier, donnera sa vie pendant la guerre de 1914-1918.
Le second, Gustave Pierre, nait le 30/06/1892 à Philippeville. Il respectera la tradition familiale en commençant à travailler comme commis dans les magasins de la famile puis partira lui aussi à la guerre avec la " Classe 12". Il y sera blessé, gazé.
Il retournera au pays, mais se sentant appelé à une autre vocation ...retourne en Métrople à Paris.

Il va alors débuter une carrière extra-ordinaire d'acteur de théâtre et de cinéma sous le nom de :

Pierre BLANCHAR.

Il interprétera de grands rôles auprès de grandes fugures du Théâtre et du Cinéma français
comme en témoigne le relévé sans doute incomplet de sa carrière qui suit.

Comme Acteur :
- de cinéma :

1920. Papa bon coeur-Jacques Gretillat
1922. Jocelyn (de Léon Poirier)
1923. Aux Jardins de Murcie-Louis MERCANTON,René HERVIL.
1923. Le Juge d'instruction-Marcel DUMONT.
1924. L'Arriviste-André HUGON.
1925. La Terre promise de Henry Roussel avec Pierre Blanchar, Raquel Meller
1927. Le joueur d'échecs (de Raymond Bernard) ou 1926
1928. En 1812-Erich WASCHNECK.
1928. La Marche Nuptiale-André HUGON.
1929. Le capitaine Fracasse Film Francais de Alberto Cavalcanti 1929 avec Lien Deyers, Marguerite Moreno, Charles Boyer
1931. Les croix de bois, Film Francais de Raymond Bernard avec Raymond Aimos, Antonin Artaud, Paul Azais.
1932. Mélo de Paul Czinner avec Gaby Morlay
1932. L’Atlantide, Film Francais de Georg Wilhelm Pabst avec Brigitte Helm, Jean Angelo, Georges Tourreil.
1932. La belle marinière (de Harry Lachmann)
1932. La Couturière de Lunéville-Harry LACHMANN.
1933. Cette vieille canaille (de Anatole Litvak)
1933. Au bout du monde, Film Francais de Henri Chomette avec Kate De Nagy, Line Noro, Charles Vanel.
1933. Iris perdue et retrouvée-Louis GASNIER.
1934. L'or-Karl HARTL,Serge de POLIGNY.
1934. Turandot, Princesse de Chine-Gehrardt LAMPRECHT,Serge VEBER.
1935. Amants et voleurs, Film Francais de Raymond Bernard avec Florelle, Arletty, Michel Simon.
1935. Crime et châtiment (de Pierre Chenal)
1935. Le Diable en bouteille-Heinz HILPERT,Reinhardt STEINBICKER.
1936. Les Bateliers de la Volga-Wladimir STRIJEWSKI.
1936. Salonique, nid d'espions (Mademoiselle docteur) de Georg Wilhelm Pabst, Georg Wilhelm Pabst avec Pierre Fresnay, Louis Jouvet
1936. Le Coupable de Raymond Bernard avec Madeleine Ozeray, Marguerite Moreno
1937. Un carnet de bal (de Julien Duvivier)
1937. L' Affaire du courrier de Lyon de Claude Autant-Lara & Maurice Lehmann avec Sylvia Bataille, Charles Dullin, Jean Tissier, Dorville, Jacques Varennes.
1937. L' Etrange Monsieur Victor de Jean Gremillon avec Raimu, Madeleine Renaud, Marcelle Geniat.
1937. L'Homme de Nulle Part
1937. Une femme sans importance-Jean CHOUX.
1937. La Dame de Pique, Film Francais de Fedor Ozep avec Marguerite Moreno, Madeleine Ozeray, Andre Luguet
1938. Le Joueur-Gerhard LAMPRECHT,Louis DAQUIN.
1938. A Royal Divorce-Jack RAYMOND.
1939. Nuit de Décembre-Kurt BERNHARDT.
1940. L' Empreinte du Dieu de Leonide Moguy avec Blanchette Brunoy, Ginette Leclerc
1941. La neige sur les pas-André BERTHOMIEU.Sorti en 1942.
1942. Pontcarral, colonel d'Empire de Jean Delannoy avec Jean Marchat, Pierre Blanchar
1942. Secrets de avec Marie Dea, Jacques Dumesnil
1942. La Prière aux étoiles-Marcel PAGNOL. Inachevé.
1943. Le ciel est à vous de Jean Gremillon avec Charles Vanel, Jean Debucourt
1944. Le Bossu de Jean Delannoy
1945. Le Bataillon du ciel de Alexander Esway avec Raymond Bussieres, Howard Vernon
1945. Patrie- Louis Daquin Sorti en 1946
1946. La symphonie pastorale, Film Francais de Jean Delannoy avec Michele Morgan, Line Noro, Andree Clement, Jean Desailly.
1948. Après l'amour (de Maurice Tourneur) avec Simone Renant, Giselle Pascal, F.Fabre
1948. Bal Cupidon-Marc-Gilbert SAUVAJON.
1949. Docteur Laënnec (de Maurice Cloche)avec Jany Holt
1959. Katia, Film Francais de Robert Siodmak avec Romy Schneider, Curd Jurgens, Gabrielle Dorziat.
1961. Le monocle noir, Film Francais de Georges Lautner avec Paul Meurisse, Elga Andersen, Bernard Blier.
1962. Du rififi chez les femmes de Alex Joffé avec Nadja Tiller, Robert Hossein (ou 1959)
- de théâtre :
TRILOGIE de Pagnol/Décembre 1926 - Au Casino de Monte-Carlo, puis au Théâtre des Arts à Paris, avec Harry Baur, Pierre Blanchar et Orane Demazis.


Comme Réalisateur :
UN SEUL AMOUR, Film Francais de Pierre Blanchar 1943 
Avec Pierre Blanchar, Micheline Presle, Gabrielle Fontan, Robert Vattier Julien Bertheau 
SECRETS 1943 d'après Tourgueniev avec Marie Déa et PB 
 

Morgan
Gisele pascal

avec Michèle Morgan dans
La symphonie pastorale (1946)
 

avec Giselle Pascal dans
Après l' amour (1948)

 

Merci à Suzette GRANGER
pour ce magnifique récit sur un "fils" de St Ciers.
Elle se souvient qu'arrivant au collège Emile Maupas à Philippeville
tout le monde lui montrait la maison du " célèbre acteur Pierre Blanchar"
et qu'en se promenant sous les arcades de la rue principale qui descend vers la mer, 
elle passait devant les magasins Blanchard.

 

 

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