Contribution de Peter de Loriol

 

 

Pierre BOYVEAU
(par Peter de Loriol)

 


 

 

 

Boyveau

 

 

 

 

 

" Cinq minutes avec Vénus valent une vie d'angoisse avec Mercure"

 

 

Ce fléau, la maladie vénérienne, spécifiquement la syphillis, la Gorre de Rouen, la grande Gorre, ou même la "maladie anglaise", fut un des grands problèmes du XVIII s.! A part, bien sûr, les guerres coûteuses et la situation économique désastreuse en France. Divers charlatans et médecins essayaient de faire fortune avec leurs remèdes, qui pour la plupart ne soulageaient que pour quelques minutes ou même pas du tout.

La Médecine, bien qu'avancée après plusieurs siècles de déclin, ne pouvait rien faire pour ceux atteints par ce terrible problème. Ce fléau faisait surtout "grand cours" dans les ports de France. Un Jean Keyser, fut l'inventeur de la "dragée anti-vénérienne" en 1757 qui eut un succés de sorte.

Entre en scène un jeune homme, Pierre Boyveau, né en 1743 d'une famille protestante, instruite et aisée de St Ciers du Taillon, Charente-Maritime, au sud de La Rochelle. Les membres de cette famille étaient notaires et médecins et s'entrecousinaient beaucoup.

Les faits manquent, mais il devint chirurgien, probablement apprenti chez un de ses oncles, médecin, et après au"Collège de Paris" et les hôpitaux navals. Il est mentionné, mais sans preuve formelle, que le rob fut composé vers 1764 par Boyveau qui avait "étudié la pharmacie et avait servi dans la Guerre de Sept Ans en qualité de médecin".
Ce n'est qu'en 1769 que l'on revoit notre héros à Paris quand il fait une belle alliance.
Là, Pierre Boyveau Fontaine, "chirurgien", demeurant rue St Jacques, Paroisse St Jacques Haut Pas, épouse par contrat daté du 17 octobre 1769 (Maitre Beliume, notaire à Paris) Demoiselle Antoinelle Thérèse Raffard, fille de feu Jean Raffard, Sgr de Marcilly et de Dame Françoise Pavée de Ginestet.
Le frère de la gente demoiselle, Joseph François Raffard donne à sa soeur 10.000 Livres. Il n'y a que cinq signatures au contrat.

La rue St Jacques est en plein milieu du vieux Paris, à cinq minutes de marche de la Sorbonne. Il est donc admissible que ce jeune homme de 25 ans ait fait des études à la Faculté de Médecine, peut-être même à à l'Hôpital St Jacques.
Il est curieux que le nom "Fontaine" soit apposé au sien lors de son mariage. Les recherches permettent de signaler, qu'il devint possesseur d'un domainer de ce nom.

La famille Raffard de Marcilly était assez connue, et noble; plusieurs d'entre eux étaient officiers dans les armées du Roi, d'autres détenaient des propriétés aux environs de Paris.
Joseph François Raffard de Marcilly, fils ainé du défunt Jean et donc chef de famille, voyait-il en Pierre Boyveau une possibilité de faire de belles affaires sans perdre ses prétentions nobiliaires, car, à, part les nobles verriers, un noble ne pouvait pas se lancer dans les affaires sans déroger. Il est dit dans plusieurs écrits que c'était le Sieur Raffard de Marcilly qui détenait le secret du remède qui fit la renommées des deux.... Certes, il est très possible que Joseph François Raffard était en relation avec des personnes qui pouvaient les aider mais tout laisse penser que c'était Pierre Boyveau qui détenait le secret du rob qui devait sa fortune et que Raffard était sa bourse.
Raffard voulait rester dans l'anonymat et, suivant cette route, les deux empruntèrent un prête-nom. Denis Laffecteur, un ancien Inspecteur aux Vivres, accepta que son nom soit utilisé moyennant une rente annuelle de 1.500 livres. Il livra son nom à la publicité et promit ses services, en qualité de commis, à Pierre Boyveau.
Cette convention fut déposée en l'étude de Maitre Dessaignes, notaire à Paris, le 1 Juillet 1778.

Après plusieurs essais, pour la plupart positifs, à Bicêtre et en divers hôpitaux, le rob Boyveau-Laffecteur obtint un arrêt du Conseil du Roi, le 12 septembre 1779, autorisant sa vente publique. Le rob anti-syphilitique végétal était lancé. En 1781, Boyveau fut chargé de fournir son remède pour le service des Hôpitaux de la Marine et des vaisseaux de l'Etat.

En 1784, un hôpital fut aménagé dans la rue des Petits Augustins pour administrer le remède.

Le succés de ce rob fut foudroyant.
Végétal, il l'était. La composition était secrète mais elle contenait du miel, du roseau, de l'anis et de la salsepareille. Certains de ses détracteurs affirmaient que le rob contenait du mercure et du gaïac, deux ingrédients qui soulageaient les symptomes de la gore. Swediaur, un des plus grands détrateurs du rob, affirma plus tard que le rob avait, comme ingrédient actif, du mercure, prouvé par la salivation de plusieurs patients traités avec ce remède.
Boyveau était trop fin homme d'affaires pour que ces inconvénients ne lui créent trop de problèmes. Affiché dans tous les journaux français, ainsi qu'en Espagne, Allemagne et les Etats Hollandais, le rob se vendait pour 18 francs la bouteille avec des instructions très détaillées sur la posologie, baignade dans de l'eau chaude, suivie d'une friction avec divers végétaux, et enfin l'administration du remède !

Le "Docteur Boyveau" amplifia le succès de son remède avec l'écriture de ses "Observations sur les effets du rob anti-syphilitique" en 1783 et "Recherches sur la méthode la plus propre à guérir les maladies vénériennes soit récentes sont invétérées" en 1789.

Le Docteur Pierre Boyveau devint une vedette du Tout Paris.
Installé tout d'abord rue Bondy, il se transporta ensuite rue d'Angoulème jusqu'en 1796. Il avait sa loge à l'Opéra Comique - ces loges étaient réservées aux gens de "qualité" - et acquit plusieurs métaires en Saintonge et tout un pâté de maisons sur la Place de La Bourse.
En 1796, il échangea sa maison rue neuve de Montmorency (gagnée avec un billet de la seconde loterie portant le numéro 14928) contre celle au 10 rue de Varennes.

Bien que Pierre Boyveau fit fortune, sa situation familiale périclita.
Son épouse ne pouvait lui donner d'enfants; la Rovolution survenue, il encouragea sa jeune nièce, Jeanne Julie Boyveau, à venir à Paris.
La date officielle du divorce de Pierre et d'Antoinette fut le 27 aôut 1793, après 24 ans de mariage. L'inventaire après divorce entre "Pierre Boyveau dit Laffecteur" et Antoinette, fait le 18 septembre 1793 en son domicile, ne mentionne aucun enfant. Lui demeure 11 rue d'Angoulème, elle 80 rue vieille du Temple, tandis qu'une copie de l'acte de naissance de Mutius Boyveau (copié de l'acte original avant que l'incendie ne détruisit la plupart des registres parisiens) du 4 mai 1794 " né d'hier rue d'Angoulème à quatre heures de relevée, fils de Pierre Boyveau et de Jeanne Julie Boyveau, mariés en aôut en la commune de Paris" ne semble pas trop surprenant, excepté que cette jeune femme était sûrement enceinte avant le divorce ! Serait-ce la raison de cette rupture ? Et le mariage se fit entre le 27 et le 31 aôut. Très abrupt, même suspect !
Mais la Révolution cacha beaucoup de choses...

Quiqu'il en soit, Jeanne eut 14 enfants dont seuls 7 survécurent.
Le mariage fut heureux et le rob continua de faire la fortune du Sieur Boyveau sous le Directoire ainsi que sous l'Empire, les troupes de l'Empereur en avaient autant besoin que les troupes du Roi décapité.
La rupture entre Joseph François Raffard de Marquilly et Pierre Boyveau semble datée du divorce des époux. Raffard décèda en 1802, laissant une postérité qui continue en ligne féminine jusqu'à nos jours; sa famille er ses descendants semblent nier toute attache au célèbre"docteur", bien que celui-ci fit leur fortune.
Les Raffard devinrent des"Grands" du XIXème s (officiers, préfets, sous-préfets et membres de la Légion d'Honneur).

Le grand docteur, quant à lui, resta paisiblement dans son Hôtel rue de Varennes, accumulant richesses et amis influents. Le rob continua à faire la fortune de son créateur, bien que les héritiers Raffard de Marcilly essayèrent maintes fois de dénigrer le docteur et son remède.

Boyveau se donna une petite vanité: des armoiries parlantes avant la Révolution.

 

 

Ex libris boyveau

Un écusson figurant une cigogne et surmontant une fontaine où boit un veau.

La banderole porte P. Boyveau, docteur en Médecine connu sous le nom de Laffecteur, coiffé d'une couronne de comte ou d'un chapeau phrygien !

En fait il s'agit d'ex-libris, véritables signes de propriété apposés sur les livres par leurs auteurs
celui de gauche est antérieur à la Révolutiuon, d'où la couronne de comte,
celui de droite est postérieur à la Terreur, d'où le bonnet phrygien.

 

 

 

 

Il décéda en son Hôtel rue de Varennes le 31 décembre 1812; sa veuve le suivit en 1813.
Il laissa une fortune de 7.000.000 francs ainsi que diverses propriétés à sa famille. Son fils Mutius, qui fit changer son prénom en Charles en 1816 , le suivit dans la Médecine, tandis que son autre fils Aristide devint chimiste et ses filles s'allièrent à de solides familles bourgeoises.
Il y a, à ce jour, environ 400 descendants du célèbre docteur, mais le patronyme a disparu complètement.


Peter de Loriol, écrivain et historien anglais
est un des descendants de Docteur Boyveau.
 

 

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