Pierre Vinet (1747-1826)

 

 

Autome-Hiver 2006

 

Homme de la Révolution, le Taillonnais Pierre VINET fut député à la Convention.
Il vota la mort du roi
.

Pierre VINET est né à St Ciers en 1747.

Etant jeune, et particulièrement dans l'atelier de Monsieur Chauvet, de St Fort, il avait été fileur et tisseur de laine, c'est à dire ouvrier sur métier à tisser, spécialisé dans la fabrication des tissus en laine.
Doué d'une certaine facilité naturelle, et toujours pêt à rendre service, il fut remarqué par le Marquis de Cumont qui l'engagea comme secrétaire.
Le Marquis de Cumont était Major Général de la Capitainerie, Garde Côte de Royan, Chevalier de St Louis, Seigneur de Salles. En 1781, il avait épousé en secondes noces Marie Félicité de Combaud, des Cheminées. Il assista au ban de 1758 (convocation de la Noblesse par le Roi) et à l'Assemblée des Etats Généraux de 1789. Emigré, il mourut à Londres en 1798. Tous ses biens avaient été confisqués.

Pierre Vinet, à la veille de la Révolution, avait 42 ans.
C'était le temps du Siècle des Lumières. André Castelot et Alain Decaux parlent d'un élan quasi-irrésistible qui pénétrait toutes les couches de la société. Jamais un peuple entier n'avait montré autant de hâte à savoir, à connaitre. D'où un engouement général et sans exclusive, aussi bien pour les sciences, les lettres, les arts, les principes de gouvernement, la morale, l'économie, la métaphysique.
Pierre Vinet avait sûrement étudié les Philisophes de l'Encyclopédie qui formèrent et préparèrent la Révolution, et aussi Jacques Rousseau qui, lui, a formé les hommes qui la feront. Son ouvrage capital est "Le Contrat Social". Il y montre qu'une société ne trouve le bonheur qu'en rejetant l'autorité d'un Prince, pour établir la souveraineté du Peuple.
Le secrétaire du château de Salles, de part son emploi, avait librement accès à la bibliothèque du Marquis de Cumont; c'est sans doute là qu'il y a formé son esprit.
Quand éclata la Révolution, Pierre Vinet était employé au District de Pons.

Au début de 1790, la Saintonge semblait promise à un calme durable; on parlait du "caractère moral des bons saintongeais qui s'annonçait par des traits de patriotisme, de générosité, de justice". Cependant fin avril 1790, une "criminelle" insurrection éclate à St Thomas de Conac, une "populace ameutée" met tout à feu et à sang. Elle a commencé par briser les bancs de l'église de St Thomas le dimande 25. Le 28 avril, les émeutiers se sont portés au Château de "Boisroche" (paroisse de St Bonnet) appartenant au Sieur de Bellegarde. Ils l'ont pillé et incendié. Peu après, ils ont fait de même au Château de St Georges des Agoûts. Le matin du 29, les séditieux au nombre de 200, ont envahi la maison du Sieur Martin, notaire royal à St Thomas. Ils ont brisé les meubles et les portes avant d'y mettre le feu. En s'enfuyant, le Sieur de Bellegarde avait été atteint d'une balle qui lui a traversé l'épaule.
Par la suite, on évalue à cinq ou six cents le nombre des "insurgents", tous habitants du pays. Ils se sont également dirigés vers le château des Cheminées, à St Sorlin, appartenant au marquis de Cumont et ont obligé ce dernier à renoncer par écrit à toues les redevances, sous peine de voir sa demeure incendiée. En quittant les Cheminées, les émeutiers devaient aller au château du Tirac et encore à celui de Romaneau.
D'après un témoignage laissé par le curé de St Bonnet, sur les registres paroissiaux, l'incendie du château de Boisroche fut accompagné de scènes atroces. La foule, ayant sorti toutes les barriques d'eau-de-vie et de vin, se trouva rapidement en état d'ivresse. Surexitée en outre par les flammes, elle s'amusa à faire rôtir les dix chiens de chasse du Seigneur ! Le maire de St Bonnet ayant voulu s'interposer, on le menaça de lui faire subir le même sort, ainsi qu'au curé.

La ville de Pons, chef-lieu du district où Vinet était employé, et dont dépendait St Thomas, fut la première à s'émouvoir, mais elle manquait de forces militaires pour réprimer l'insurrection. Elle fit appel à la municipalité de Saintes.
Le 30 avril, dès 7 heures du matin, un détachement de 220 hommes se mit en route sous les ordres de M. de Barry, capitaine du Régiment d'Infanterie dAgenais. En cours de route, il reçut le renfort des troupes de Pons et de St Genis.
Il y eut 120 prisonniers, garrotés et marchant deux à deux entre les troupes. Les forces de l'ordre arrivèrent ainsi à Saintes, précédées de la musique et des acclamations d'une foule immense.
Vers la fin du mois de Mai, tout rentra dans l'ordre. On renvoya la plus grande partie des émeutiers chez eux, pour en retenir 42, dont on fit le procès. Nous ne savons pas à quelle peine ils furent condamnés.

Les autoriés ecclésiastiques de Saintes accusent le vicaire de St Thomas de Conac, Jacques Roux, d'être à l'origine de la révolte.
Il prêchait une doctrine dangereuse qui annonçait au peuple que les terres appartenaient à tous et qu'on ne devait plus se soumettre au paiement d'aucun des droits seigneuriaux. Il est frappé d'interdit par le clergé saintais.
C 'est probablement à tort, et afin de le compromettre, qu'on l'accusa. D'ailleurs le 20 Avril, quelques jours avant l'émeute, sentant le vent venir, il avait jugé prudent de partir à Ambleville (Charente) où on l'avait accueilli, puis à Paris, où il commença sa carrière révolutionnaire parisienne, dans laquelle il se fait rapidement remarquer par ses positions extrémistes.

Il est difficile d'aborder la vie de Pierre Vinet sans parler de Jacques Roux.
Les deux hommes étaient opposés. Il est probable qu'ils ne se fréquentaient pas, mais à un moment ou à un autre, leurs chemins se sont croisés.

Jacques Roux était un charentais, né à Pranzac. Il fut professeur au Séminaire d'Angoulème, puis aumônier du Comte de Montauzier à Baignes, vicaire de Cozes, avant de l'être à St Thomas de Conac. Il approuva la nationalisation des biens ecclésiastiques.
A Paris, il s'inscrit au Club des Cordeliers, fréquenté par Danton, Hébert, Legendre, Marat. Il devient progressivement le porte-parole de la section des Gravilliers, une des sections des sans-culottes les plus révolutionnaires, et les plus sensibles aux problèmes de ravitaillement et de hausse des prix.
Le 16 Janvier 1791, à St Sulpice, il prête serment à la Constitution Civile du Clergé. Il ne peut siéger, à sa grande déception, au cause de sa qualité de prêtre au Tribunal extraordinaire qui devait juger les royalistes. Il n'est pas élu, non plus, à la Convention, n'obtenant qu'une voix (!) et doit se contenter de la fonction de membre du Conseil Général de la commune de Paris.
Jacques Roux était un "enragé". Ce terme d'abord à connotation péjorative, désigne après la chute de la royauté un membre d'une minorioté active de militants sectionnaires qui réclament des mesures sociales et économiques radicales en faveur des déshérités.
Le 25 Juin 1793, Pierre Vinet doit l'affonter directement, alors que l'action parisienne des "enragés" atteint son apogée. 
Jacques Roux, au nom des Cordeliers des sections de Bonne Nouvelle et des Gravilliers, en tant que membre du Conseil Général de Paris, vient lire à la barre de la Convention une pétition comminatoire, baptisée depuis "le manifeste des enragés".
Celle-ci reprend, en fait, le fond commun de la pensée populaire et les griefs habituels des sections les plus avancées vis-à-vis de la Convention qui venait d'achever la nouvelle Constitition. Mais le ton particulièrement vif heurta ceux que Jacques Roux appelait les"Délégués du Peuple français", peu habitués à être sermonnés.
"l'Acte Constitutionnel va être présenté à la sanction du Souverain (le peuple). Y avez-vous prescrit l'agioatage ? Non. Avez-vous prononcé la peine de mort contre les accapareurs ? Non. Avez-vous déterminé en quoi consiste la liberté du commerce ? Non.
Nous déclarons que vous n'avez pas tout fait pour le bonheur du peuple. La liberté n'est qu'un vain mot quand une classe d'hommes peut affamer l'autre impunément. L'égalité n'est qu'un fantôme quand le riche, par le monopole, exerce le droit de vie et de mort sur son semblable..."
Après avoir rappelé que "les riches seuls, depuis 4 ans, ont profité des avantages dela Révolution..."? Jaques Roux conclut en admonestant la Convention :" Ainsi, mandataires du peuple, l'insouciance que vous montreriez plus longtemps serait un acte de lâcheté, un crime de lèse-majesté. Il ne faut pas craindre encourir la haine des riches, c'est à dire des méchants. Il ne faut pas crainde de sacrifier les principes politiques au salut du peuple qui est la suprême loi...Non, non, vous ne laisserez pas votre ouvrage imparfait...vous ne teminerez pas enfin votre carrière avec ignominie".
Indignée, la Convention le chasse après avoir un moment envisagé son arrestation. Conscients de la sincérité et de la justesse de ces revendication, mais attachés à la liberté économique, les Montagnards, plutôt que d'affronter le mouvement populaire, tentèrent de calomnier ses principaux meneurs. Dès le 28 juin, aux Jacobins, Robespierre dénonça en Jacques Roux un "ennemi du peuple". Deux jous plus tard, Les Cordeliers, à la demande des Jacobins, votèrent son exclusion. Le 4 Juilletr, ce fut au tour de Marat, qui avait été son ami, de le prendre à partie dans son journal. Jacques Roux y est dénoncé comme un "intrigant cupide...un homme dangereux...un prêtre sans moeurs et sans principes".
L'adoption le 26 Juillet du décret punissant de mort les accapareurs ne ralentit guère la combativité des "enragés".
Le 5 Août, aux Jacobins, Robespierre s'en prenait violemment aux hommes qui étaient salariés par les ennemis du peuple...l'un d'eux étant Jacques Roux. Il fut arrêté le 22 Août, libéré sous caution, puis réincarcéré définitivement le 5 Septembre à Ste Pélagie où il poursuit la rédaction de son journal et dénonce le gouvernement et la répression dont est victime le mouvement populaire, approuve par ailleurs la déchristianisation de l'automne 1793. Transféré à Bicêtre le 25 Octobre comme "homme très suspect", et par mesure de sûreté, il passe en jugement le 14 Janvier 1794 devant le tribunal de police correctionnelle du Châtelet, qui se déclare incompétent et renvoie l'affaire au Tribunal Révolutionnaire.
Se voyant perdu, il se poignarde en pleine audience. Soigné, à Bicêtre, il récidive et ne survit pas à ses blessures.
Ainsi mourut Jacques Roux, qui fut un temps vicaire à St Thomas de Conac.

(toutes ces précisions sont apportées par Albert Soboul
dans son Dictionnaire Historique de la Révolution Française)

Retrouvons Pierre Vinet là où nous l'avons quitté en 1790, employé au District de Pons.

En 1791, il fut élu un des vingt et un Administrateurs du Département de Charente Inférieure.
Du 5 au 15 Septembre 1792, les élections à la Convention se déroulent à travzers la France. Elles ont lieu au suffrage universel. Pierre Vinet est encore élu. Il est "le Conventionnel Vinet".

 


Printemps-Eté 2003


A la lecture d'une étude faite par le Cercle Généalogique de l'Education Nationale sur les Conventionnels, on s'aperçoit que Pierre Vinet avait été élu à l'Assemblée Législative, avant de l'être à la Convention.
Les renseignements que j'ai donnés précédemment sur la carrière de Pierre Vinet sont ceux de Pierre Damien Rainguet, dans son ouvrage "Biographie Saintongeaise". Ils sont incomplets.
Si début 1791, sous la Constituante, Pierre Vinet fut l'un des 21 administrateurs du Département de la Charente Inférieure, fin septembre de cette même année il était devenu député à la Législative, où il siégea le temps de cette Assemblée, du 1er Octobre 1791 au 20 Septembre 1792.

Le calme qui avait succédé aux évènements partis de St Thomas, en 1790, n'était que passager.
Durant l'année 1792, la révolte contre le paiement des anciens droits seigneuriaux se poursuivait encore dans toute la campagne proche de Saintes. Les gendarmes sont repoussés à coups de fusils et des gibets dressés par les paysans menacent ceux qui acceptent de payer.
Si l'Assemblée Législative qui succède à la Constituante a une courte durée, elle est marquée par deux dates lourdes de conséquences : le 20 Avril et le 10 Août.
Le 20 Avril, la France déclare la guerre à l'Autriche. Les ennemis de la Révolution se dressent aux frontières. La Charente Inférieure doit contribuer à la Défense. Beaucoup de jeunes sont mobilisés, ou s'enrôlent. La solennelle déclaration de "La Patrie en danger" stimule les enthousiasmes. La guerre commence mal, et l'invasion des frontières de l'Est provoque une nouvelle flambée révolutionnaire.
Le 10 Août, elle se concrétise par la prise des Tuileries et la destitution du Roi. C'est ce même 10 Août, le soir, que la Législative convoque une Assemblée nouvelle, élue au suffrage universel, la Convention Nationale, chargée de rédiger la Constitution.
En exécution d'un décret du 12 Août, les collèges électoraux des Départements s'assemblent le 2 Septembre, à l'effet de mener autant de députés à la Convention Nationale, qu'ils en avaient envoyés à la Législative.
Les électeurs de la Charente Inférieure se réunissent à La Rochelle. Un seul jour est consacré à l'élection des Députés, tant il y a urgence en raison du tumulte de la capitale. Cest dans ces conditions que Pierre Vinet est élu.

Outre que la Convention devait statuer sur le sort de Louis XVI, suspendu par l'Assemblée Législative, elle devait aussi se pencher sur celui des prisonniers royalistes. Les "Septembriseurs" ne laissèrent, ni aux magistrats, ni aux accusés, le temps de recourir aux formes légales.
La fin du mois d'Août était déjà caractérisée par l'exigence populaired'une prompte et élémentaire justice à l'encontre des "grands coupables", protégés par la loi jusqu'à leur jugement. L'exaspération fut entretenue dans l'opinion par tout un ensemble de pamphlets, journaux, adresses, appelant à l'action préventive contre les "traîtres". La psychose d'un "complot des prisons" s'était répandue à l'approche des Prussiens.
On était persuadé que les patriotes allaient être égorgés par les aristocrates lorsqu'ils seraient libérés.
L'annonce de la chute de Verdun, connue le 2 Septembre, a précipité le déclenchement des tueries. 
Du 2 au 6, plus de 1 300 prisonniers furent massacrés dans Paris, chiffre résultant d'une analyse serrée des registres d'écrou des prisons. A l'époque, on avait monté ce chiffre jusqu'à 12 000.
Les premiers massacres furent l'oeuvre de la foule elle-même. Il semble que partout une sorte de régulation intervint rapidement. Les militants les plus connus furent désignés pour former un tribunal. Le verdict était rendu sur le champ: l'acquittement ou la mort. La sentence était immédiatement exécutée dans la cour de la prison.
Pierre-Louis de La Rochefoucauld, l'Evêque de Saintes (la Paroisse de St Ciers dépendait de son Diocèse) avait refusé de prêter serment à la Constitution Civile du Clergé. Il fut parmi les victimes. Arrêté en Août à Paris, avec son frère, l'Evêque de Beauvais, ils avaient été emprisonnés aux Carmes. Tous deux trouvèrent la mort dans la cour de ce couvent.
Le coup de la nouvelle en Septembre, et l'émotion qu'en ressentit la France, amenèrent à la Convention une assemblée presque entièrement issue de la bourgeoisie.. Sur 745 députés, au début, on dénombrait 440 hommes de loi, 70 commerçants et négociants, 63 officiers militaires, 60 ecclasiastiques dont 17 évêques et 8 minitres protestants, 55 médecins, 26 agriculteurs, etc...2 ouvriers seulement. Parmi les 26 agriculteurs, deux étaient qualifiés par la Convention de "pauvres cultivateurs".
Les conventionnels étaient, en moyenne, très jeunes. Au moment de leur élection, 67 d'entre eux avaient moins de trente ans, 138 entre 50 et 60 ans, 22 entre 60 et 70 ans, seulement 2 septuagénaires, le plus jeune 24 ans et 8 mois, le plus âgé 74 ans et 8 mois.
Les députés se répartirent en 3 groupes principaux:
- à droite, les Girondins. Ils sont bourgeois, sincèrement républicains pour la plupart, libéraux, hostiles à toute intervention de l'Etat en matière économique et sociale, et anticléricaux.
- en face, à l'extrême gauche, les Montagnards. Ils sont aussi bourgeois pour le plus grand nombre, mais ils entendent gouverner par et pour le peuple. Ils s'appuient sur la Commune de Paris, les Sections, Les Jacobins.
- au centre, siège le juste milieu, "le ventre", "le marais" ou "la plaine". C'est une masse d'indécis qui oscille entre les deux groupes.

On peut situer Pierre Vinet au centre. A l'examen de sa correspondance, il nous fera connaître lui-même sa position.

 

 

 

 

 

Planparis

 

 

 

Son domicile, à Paris, probablement depuis l'époque de la Législative, se situait dans le quartier du Palais Royal, au 29 de la rue l'Evêque, Butte des Moulins.

Extrait du plan de la Ville de Paris dessiné et gravé sous les ordres de Turgot de 1734 à 1739
la salle du Manège est entourée d'un cercle

 

Le n°1 commençait la rue au coin de celle des Frondeurs. Si l'on ne voit pas les façades de ce côté-là, le côté impair, on peut tout de même se rendre compte du genre de l'immeuble qu'était le sien. Sa construction remontait à la fin du XVIIème siècle ou au tout début du XVIIIème.
La rue de l'Evêque n'existe plus. La Butte des Moulins, en grande partie arasée en 1677 - les moulins transférés sur la Butte Montmatre - avait été aplanie en 1878 lors de la fin du percement de l'Avenue de l'Opéra. C'est dans l'espace de celle-ci, en diagonale, à hauteur du croisement avac la rue St Anne, que se trouvait la rue de l'Evêque.
L'appartement de Pierre Vinet était très près de ses activités, puisqu'il pouvait aller à pied jusqu'à la Convention.
D'autres conventionnels avaient leur résidence dans ce même quartier: Barrère, Cambon, Robespierre, Sieyès...St Just habitait la rue des Moulins, qui prolongeait la rue de l'Evêque. Bonaparte, en Août 1792, logea rue des Moulins, à l'Hôtel des Patriotes Hollandais, où étaient descendus les députés de la Corse.
A noter par ailleurs qu'il existait une section de la rue de Moulins.

Avant Mai 1793, date de son installation aux Tuileries, le plus court chemin conduisant à la Convention était pour Pierre Vinet d'emprunter la rue des Frondeurs et, en face, la rue de l'Echelle (une partie de celle-ci, après avoir été élargie, existe encore aujourd'hui) jusqu'au corps de garde situé à l'entée de la cour intérieure de la Salle du Manège.
Un certain 20 Juin 1791, Marie-Antoinette, avait précisément rendez-vous rue de l'Echelle. Elle devait y rejoindre le roi qui l'attendait avec sa famille. Il s étaient clandestinement sortis du Palais des Tuileries. La reine se fit longtemps attendre, car ne connaissant guère Paris, de même que son corps de garde, elle s'était égarée en prenant une direction inverse à l'endroit où elle était attendue. Elle arriva finalement au rendez-vous avec deux heures de retard. Peut-être celui-ci fut-il la cause de la fuite manquée de la famille royale et de son arrestation à Varennes ?
Ni la Salle du Manège ni les Tuileries, où siégea la Convention à quelques exceptions près, n'avaient été conçus pour recevoir un Parlement.
Pierre Vinet et ses collègues en ont éprouvés les inconvénients.
La Salle du Manège, à gauche du Palais des Tuileries sur le plan, était située à peu près à l'angle Est des rues actuelles de Rivoli et Castiglione. Construite sous Louis XV, elle fut primitivement affectée, comme son nom l'indique, à un manège où venaient s'exercer les jeunes nobles. Elle est acquise par l'Etat, au début de la Révolution, afin d'y installer l'Assemblée Constituante. Mal adaptée, sa voûte épaisse et sourde absorbait les voix des orateurs et répercutait, au contraire, le bruit des conversations et des murmures.
Dans ces mauvaises conditions siégèrent successivement la Constituante, la Législative, la Convention après deux séances aux Tuileries en Septembre 1792, puis le Conseil des Cinq-cents, dont était membre Pierre Vinet. La salle sera démolie en 1810, afin de permettre le percement de la rue de Rivoli.
La Convention prit possesion du Palais des Tuileries, dénommé alors Palais National, le 10 Mai 1793. Le dôme du Pavillon Central fut coiffé d'un bonnet phrygien haut de 2 mètres et monté sur une carcasse métallique. Les représentants de la Nation siégèrent dans le théâtre réaménagé, le Comité de Salut Public et les différentes commissions s'installèrent dans les appartements royaux et dans les divers pavillons. La Convention, lorsqu'elle siégea pour la première fois les 21 et 22 Septembre 1792, avait choisi les Tuileries. Elle était au grand complet le 22 lorsqu'ils s'entassèrent dans cette petite salle de l'ancien Théâtre de la Cour; les Conventionnels, dès le premier coup d'oeil, souffrirent de se voir si près. On comprend qu'ils délaissèrent aussitôt les Tuileries pour le Manège. S'ils regagnèrent plus tard les Tuileries, c'est qu'en fait, la Convention ne siégea jamais au grand complet. On est surpris du petit nombre des députés qui assistaient régulièrement aux séances. Pierre Vinet semble avoir fait partie de ces derniers, sauf en 2 ou 3 circonstances solennelles, comme le jugement de Louis XVI. Le total des présents ne s'élevait que rarement au dessus de 350. La séance qui vit l'affluence la plus considérable fut celle du 16 Prairial An II (4 Mai 1794) au cours de laquelle Robespierre fut élu Président à l'unanimité par les 485 présents, dont sans doute Pierre Vinet. Il faut tout de même signaler qu'à ce moment-là, plus de 100 Girondins et Dantonistes étaient morts ou emprisonnés.

En plus de ses travaux à la Convention, Pierre Vinet se devait d'assister aux nombreuses et diverses cérémonies officielles, telles que les Fêtes de la Raison, les Fêtes de l'Etre Suprême ou les célébrations des victoires de la République. C'est ainsi que le 20 Décembre 1797, sous le Directoire, Le Conseil des Anciens et celui des Cinq-cents, dans la grande galerie du Louvre, offrirent à Bonaparte un dîner de 700 couverts en l'honneur de ses victoires en Italie. Il y avait aussi les cérémonies funèbres.

En même temps que Pierre Vinet vivait à Paris un autre Taillonnais connu, le Docteur Boyveau, devenu par la suite Boyveau-Laffecteur. 
Il habitait rue de Varenne (la rue de l'Hôtel Matignon). Les deux hommes se connaissaient depuis l'enfance.
Tous les deux étaient nés à St Ciers, Pierre Boyveau le 22 Décembre 1743, Pierre Vinet le 24 Septembre 1747.
Ils étaient devenus assez proches puisque le cousin germain de Pierre Vinet, Louis Arsonneau, avait épousé la soeur de Pierre Boyveau. Pierre Vinet avait aidé Pierre Boyveau dans les démarches qui lui avaient permis d'obtenir l'autorisation d'exploiter son remède dénommé "Rob antisyphilique de Boyveau-Laffecteur".
Extrait d'un article de la Revue de Saintonge et de l'Aunis, tome 26, année1906: ...Boyveau reproduit une pétition adressée par lui à la Convention le 20 Brumaire An II, où il offre son remède au prix coûtant pour les indigents de Paris. Cette demande est accueillie favorablement par le Comité des Secours Publics, dont faisait partie un médecin, Eschasseriaux jeune.
De plus, le 27 Frimaire suivant, la députation de la Charente Inférieure adresse au Directoire Exécutif une lettre très chaude de recommendation en faveur de "citoyen Boyveau-Laffecteur, médecin, fournisseur des Hôpitaux de la Marine, notre compatriote".

Pierre Vinet semble avoir été très lié avec les frères Eschasseriaux. L'ainé fut d'abord, comme lui, Administrateur du Département.
Sur la liste de la Convention, il est indiqué: Eschasseriaux Joseph, 29-7-1753 Corme-Royal:/22-2-1826 Thenac-Protestant-Avocat-Conseil des Cinq-Cents...Eschasseriaux René 27-7-1754/Corme-Royal 06-12-1831 -Thénac-Protestant-Frère de précédent-Médecin-Procureur Général Syndic du Département-Conseil des Cinq-Cents.
Par ailleurs, Pierre Vinet était le parrain de Jean-Gabriel Lacroix, né en 1769 à St Ciers. Fils de simples agriculteurs, il s'embarqua, âgé de 15 ans, à Bordeaux et plus tard était devenu l'un de ces audacieux Corsaires du roi, puis de la République. Ils étaient chargés de harceler les nations ennemies et particulièrement l'Angleterre. Prisonnier des Anglais, il réussit à s'évader et put rejoindre la Martinique, ce qui lui vaudra le brevet de Lieutenant de Vaisseau et lui permit d'obtenir la recommandation de Pierre Vinet.

Même avant d'être, la Convention était déjà divisée. Quelques jours avant son ouverture, le 21 Septembre 1792, tandis que l'on attendait l'arrivée de tous les représentants dans la Capitale, les noms de "royalistes" et d"hommes de Septembre" commencèrent à s'échanger entre eux. L'immense majorité avait l'esprit inquiet, flottant. On était sous le choc des massacres récents. Leurs préjugés contre Paris ne furent pas diminués par les premières impressions qu'ils recueillirent dans la foule le jour même, où réunis, ils traversèrent les rues en corps. Ils entendaient sur leur passage cette parole étrange et naïve " pourquoi faire venir tant de gens pour gouverner la France, n'y en a-t'il pas assez à Paris ?" Tout cela est rapporté par Jules Michelet, dans son Histoire de la Révolution Française.

Quatre mois plus tard, Pierre Vinet écrivait à son ami M. Barraud, notaire public, à Nieul-le-Virouil, également un ancien Taillonnais.

- début de citation -

Citoyen ami,

Vous paraissez vous inquiéter de ce que parfois et trop souvent une espèce de division règne dans nos séances; il ne faut pas cependant trop vous affecter de tout cela; vous savez, mon cher ami, que c'est presque inévitable dans les grandes assemblées. Il est vrai que quelques députés, et cela tient à 50 personnes dans l'un et l'autre bout de la salle, sortent des bornes de la bienséance et par cela seul sont beaucoup plus nuisibles à la chose publique, à cause du temps qu'ils font perdre. J'espère qu'ils feront le sacrifice de leurs passions et de leurs haines particulières pour se livrer entièrement au travail important qui leur est confié, car il faut enfin prendre un parti pour faire cesser toutes ces querelles, qui toutes sont indignes de l'honorable mission qui nous est confiée. Les papiers publics vous auront sûrement instruit que nous sommes enfin parvenus à imposer silence aux tribunes.
L'affaire du ci-devant Roi qui nous occupe journellement depuis le 6 Décembre est enfin terminée. Il a été condamné à subir la peine de mort, dans la séance de jeudi qui a duré 36 heures. On agita vendredi et samedi la question de savoir s'il serait sursis à l'exécution du jugement, mais l'appel nominal rejeta le sursis. Cette séance ainsi que les précédentes ont été tumultueuses et ont duré depuis 10 heures du matin jusqu'à minuit; il était bien temps de finir cet interminable procès d'où dépend le bonheur ou le malheur de la République, car il devenait impossible d'y tenir plus longtemps.
L'exécution du jugement de Louis a eu lieu hier. Il a perdu la tête sur l'échafaud à 10 heures et demie du matin. Toutes les mesures possibles avaient été prises par le Conseil Exécutif, les Autorités constitutées et le Commandant de la Garde Nationale pour le maintien de la tranquillité publique, aussi a-t'elle été maintenue autant qu'on pouvait le désirer.
Tous les citoyens de Paris étaient sous les armes et il y avait dans les dehors plus de 10 000 hommes pour empêcher les malveillants d'entrer dans la ville. Il est bien à désirer que la paix et l'ordre soient maintenus partout pour l'affermissement de notre République naissante, et contre laquelle toutes les têtes couronnées se coalisent pour la renverser...
Dans la séance de dimanche dernier, la Convention décréta que le Ministre de la Justice serait chargé de poursuivre les assassinats des premiers jours de Septembre ainsi que les auteurs et provocateurs. Cette question n'a pas été abordée facilement, aussi la séance a-t'elle été orageuse. Il serait peut-être à désirer qu'on eut tiré le voile sur cette malheureuse affaire, mais un grand nombre de membres, et dans lesquels l'orateur Barrère s'est signalé, ont assuré que cette tragédie sanglante était vue de mauvais oeil des nations étrangères et qu'elle servait de prétexte aux Cabinets de l'Europe à représenter les Français comme des anthropophages.
Un grand attentat a été commis le 2 à 5 heures du soir contre la Représentaton Na tionale dans la personne de Le Pelletier de Saint Fargeau, député du département de l'Yonne. Il a été assassiné au moment où il payait son dîner chez un restaurateur au Palais ci-devant Royal, par un nommé Paris, ex-garde du corps qui lui plongea un poignard dans le côté droit en lui disant : "Scélérat, tu as voté la mort du Tyran, voilà ta récompense", après quoi le meurtrier s'est échappé et n'est pas encore pris. Le Ministère de la Justice est chargé de faire poursuivre à la recherche de Paris et au jugement de ce coquin, ainsi que des auteurs et complices.
La Convention assistera demain à la cérémonie funèbre du corps de Le Pelletier, mort victime et martyre de la Liberté. Il sera déposé au Panthéon Français. Le Comité d'instruction publique nous présentera aujourd'hui une adresse aux Français pour les instruire du grand attentat, afin de les prémunir contre les ennemis dela Liberté. Il est de l'intérêt de tous les bons citoyens d'éclairer les esprits, savoir sur notre république naissante et sur son affermissement sur la mort de notre dernier roi et sur l'assassinat de Le Pelletier, car c'est le moment d'instruire le peuple, de le porter au maintien du bon ordre et aux sacrifices nécessaires pour la conservation de notre Etat Républicain.
Adieu mon cher ami, ménagez votre santé et de dotez jamais des sentiments de fraternité que vous voue votre concitoyen.

Vinet

- fin de citation -

 

En complément d'information sur le procès de Louis XVI, il est intéressant de connaître les réponses et le vote de chacun des 11 représentants de la Charente-Inférieure.

  • 1ère question : "Louis Capet est-il coupable de conspiration contre la liberté publique et d'attentat contre la sûreté générale de l'Etat ?". Tous répondirent "oui".
    Garnier, de Saintes, déclara qu'il se prononçait sur le sort de Louis, non comme juge, mais comme homme d'Etat chargé de la puissance publique. Bernard, de Saintes, formula ainsi son vote : "Quand la loi a parlé, je ne sais qu'obéir". Elle m'a ordonné de juger Louis, de déclarer si je le crois coupable. Sous quelque qualité qu'on me considère, comme je suis certain que jamais on ne m'ôtera celle d'homme de bien, je réponds "oui".

  • 2ème question : "Le jugement rendu contre Louis Capet sera-t'il soumis à la ratification du peuple ?". Dautriche, de St Jean d'Angely, vota pour l'appel au peuple; les dix autres dépuités de la Charente-Inférieure le rejetèrent.

  • 3ème question : "Quelle peine sera infligée à Louis Capet ?". Chacun émit son vote ainsi qu'il suit :

Bernard, de Saintes : Comme je ne crois pas que la convervation d'un ex-roi soit propre à faire oublier la Royauté, comme je suis intimement convaincu que le plus grand service à rendre au genre humain, c'est de délivrer la terre des montres qui la dévorent, je vote pour la mort du tyran dans les plus brefs délais.
Bréard, de Marennes :Je demande, sans crainde les reproches de mes commettants, sans craindre le jugement de la postérité qui ne peut condamner celui qui fait son devoir, la peine de mort contre Louis.
Lozeau, de Soubise : Si je considère les crimes de Louis, il mérite la mort; si j'examine mes pouvoirs, je puis le condamner à mort. Que Louis subisse donc la peine de mort".
Ruamps, de St Jean d'Angély : Louis est coupabl, il est convaincu de conspiratrion; je le condamne à mort.
Eschasserriaux, de Saintes : Je vote pour la mort.
Garnier de Saintes : Je vote pour la mort .
Nion, de Rochefort : Je vote pour la mort.
Vinet, de Pons (-district de-) : Je vote pour la mort.
Giraud, de La Rochelle : D'après ma conscience, je crois Louis coupable, d'après le code pénal, il doit être puni de mort, mais comme législateur je crois plus utile de le laisser vivre. Je vote pour la détention.
-Déchezeaux, de l'Ile de Ré : J'ai déclaré Louis coupable et convaincu du crime de haute trahison nationale, parceque j'en ai la conviction; j'ai rejeté la sanction du jugement par le peuple parce que j'ai craint les conséquences funestes pour son bonheur et que j'ai voulu que toute la responsabilité pesât sur ma tête. Je déclare que Louis mérite la mort; mais prononçant comme législateur, et non comme juge, de grandes considérations politiques auquelles peut-être sont liées essentiellement les destinées de la République, me font voter pour la détention jusqu'à ce que les circonstances permettent d'y substituer le bannissement.
- Dautriche, de St Jean d'Angely : On parle beaucoup de factions; moi, je n'en connais aucune. Je déclare que je n'ai jamais parlé à ceux qui passent pour être les chefs de ces partis. Ainsi, mon opinion sera dégagée de toute influence. Je me prononce en homme d'état et comme mesure générale, parce que je ne crois pas pouvoir cumuler les fonctions de législateur et de juge. Je vote pour la détention jusqu'à la paix et alors, la législature prendra les mesures qu'elle jugera convenables. Je demande à déposer sur le bureau cet écrit qui contient l'énoncé de mes sentiments, et qu'expédition de procès-verbal soit délivrée.
  • 4ème question : "Y aura-t'il sursis à l'exécution du jugement rendu contre Louis Capet ?" Giraud et Dautrihe répondirent oui, les neuf autres rejetèrenr le sursis, même Déchezeaux qui n'avait voté que la détention et le bannissement à la paix.

Tel fut le déroulement du vote des 11 représentants de la Charente-Inférieure.
Pierre Vinet a déclaré le roi coupable, rejeté la ratification par le peuple, voté la mort, rejeté le sursis.

L'Assemblée s'était prononcée à la majorité de 366 voix contre 361 pour la peine capitale.
En conséquence, un décret du même jour (20 Janvier 1793) condamna le malheureux Roi à avoir la tête tranchée, et le Conseil Exécutif eut ordre de pourvoir, dans les 24 heures, à l'exécution du jugement.

***

L'historien Octave Aubry raconte que lorsqu'on est venu le chercher au Temple, Louis XVI a demandé qu'on lui accordât une minute.
"Il rentre dans son cabinet, s'y munit de son testament et le tend à un Municipal" qui se trouve être le défroqué Jacques Roux. "Je vous prie de remettre ce papier à la Reine...il se reprend, dit "à ma femme". Celà ne me regarde point, répondit Jacques Roux. Je ne suis pas ici pour faire vos commissions, mais pour vous conduire à l'échafaud. "C'est juste" répondit Louis. Un autre commissaire s'empara du testament, qu'il remettra non à la Reine, mais à la Commune.
On rappellera que Jacques Roux fut vicaire à St Thomas de Conac. Ce manque de compassion acheva de le discréditer.

Rainguet, concernant Pierre Vinet, écrit dans sa Biographie Saintongeaise, cette phrase stupéfiante : "Par faiblesse, sans doute, il laissa tomber la vote qui a imprimé à sa mémoire la tache de régicide". Seul un monarchiste peut écrire celà !

Le 18 Juin 1793, c'est-à-dire 5 mois après la mort du Roi, dans une lettre à son ami Barraud, Pierre Vinet lui-même répond : "... moi qui n'ai jamais appartenu à une faction et qui, je peux le dire, n'en ai jamais connue, je n'ai agi et n'agirait que d'après ma conscience. Je formerai jamais d'autres voeux que pour le bonheur de mon pays et j'atteste que je mourrai plutôt que de changer de sentiment. Voilà...ma Profession de Foi...au surplus, je suis toujours prêt à rendre compte de ma conduite à mes commettants et l'opinion publique, jugée sévère, mais juste, se prononcera.

 



Printemps-Eté 2004

Nous n'avons pas, semble-t'il, toute la correspondance adressée par Pierre VINET à son ami taillonnais M. BARRAUD, notaire à Nieul le Virouil.
La dernière lettre de lui, en notre possession, est datée du 2 Juillet 1795.

Après cette date, il existe quelques lettres et documents envoyés au même destinataire par un autre représentant du peuple nommé Gilbert. Sur Pierre VINET il écrit : 

" Vinet, de St Ciers du Taillon, était député de la Charente-Inférieure. Tout en prenant part aux travaux de la Convention, il songeait aux intérêts des "frères et amis".
Il fut des 366 qui votèrent, contre 361, la mort du tyran, sans sursis.
Plus tard, il devint en 1812 conseiller de Préfecture à La Rochelle, place bien modeste (à peine un os à ronger) pour un personnage de cette importance.
En Mai 1815, pendant les Cent Jours, il signe le fameux acte additionnel aux Constitutions de l' Empire.
La loi du 12 janvier 1816 le força à prendre le chemin de l' exil. Le 2 Avril suivant il quitta sa propriété de St Ciers du Taillon et se rendit, en petite carriole, à Blaye, avec l'intention de s'embarquer pour les Etats-Unis. Arrivé dans cette ville, la maladie le contraignit à rentrer à l' hôpital. Il écrivit au Gouverneur Royal une lettre pour renier "ses erreurs politiques" . Cette rétractation intéressée lui valut un sursis indéfini.
Il mourut le 17 Décembre 1826, âgé de 79 ans
.
En le voyant passer, on murmurait tout bas : " grandeur et décadence".

***



Les documents qui, à l'origine, reproduisent les lettres de Vinet et de Gilbert portent la griffe de la Convention Nationale. On peut donc les considérer comme authentiques.

Chez Rainguet le parti-pris monarchiste est évident.
Je reprends son récit là où je l'avais laissé il y a un an, avec toutes les réserves qui s'imposent.

"....Par faiblesse, sans doute, il laissa tomber le vote qui a imprimé à sa mémoire la tache de régicide.
Le 18 Brimaire an VIII, Bonaparte ayant renversé le Directoire, Vinet rentra dans la vie privée. En 1815, il fut détenu quelque temps dans la citadelle de Blaye et en sortit sous caution. Il dut à Mr Duluc de Romaneau, qui habitait alors Blaye, de n'avoir point été déporté.
Vinet est mort à St Ciers, accablé d'infirmités, vers l'année 1825.
La fortune que lui fit la Révolution était à une certaine époque assez considérable, mais à la mort du conventionnel elle était à peu près réduite à la valeur de son ancien patrimoine."

Commentaires :

Il n'est pas question de porter un jugement sur le vote lui-même de Pierre VINET, quelle que soit notre opinion, pour ou contre l' exécution de Louis XVI. Nous n'en sommes plus là. Par contre, il est intéressant de connaitre la vérité sur son comportement lorqu'il a exprimé son vote.
Ce qu'écrit Rainguet ne semble pas exact car il n'est pas du tout certain que VINET ait "laisser tomber son vote par faiblesse".

  • Cela n'apparait pas dans le compte-rendu détaillé du vote de chaque député de la Charente-Inférieure
  • Vinet savait prendre des risques. S'il l'avait voulu, il aurait pû tout aussi bien épargner le Roi, comme 361 de ses collèques l'ont fait. Nous en avons la preuve, pour un autre cas, dans une lettre qu'il avait adressée "le 2 Ventose de la 6ème année républicaine" à son cousin Louis ARSONNEAU qui, à l'époque, était en quête d'un appartement à Marennes. Il lui recommande de s'adresser à un de ses amis qui lui doit quelque reconnaissance car dit-il " j'ai tiré son beau-frère de la guillotine dans un temps où il était très dangereux de se mêler de rendre ce genre de service".

 

 
Lettrevinet

 

 

 

 

 

 

 

Le manuscrit original de cette lettre de Pierre VINET appartient
à Mme Marie-Louise LORIAUD.
Elle est la descendante directe de Louis Arsonneau.

 

  • Pierre VINET a voté par conviction. Il dit agir d'après sa conscience, pour le bien de son pays. Il écrit par ailleurs qu'il était bien temps de finir cet interminable procès, d'où dépend le bonheur ou le malheur de la République.
  • Son vote est sans état d'âme et la notion d'être "entaché de régicide" lui est étrangère.

On ne peut manquer de souligner la contradiction qui existe entre le fait que Pierre VINET aurait pendant la Révolution amassé une fortune plutôt considérable et celui de voir celle-ci réduite à son ancien patrimoine sur la fin de sa vie.

Dire qu'il est décédé vers 1825 sans autre précision est surprenant de la part d'un historien sérieux. Rainguet ne s'est même pas donné la peine de rechercher son acte de décès, pourtant accessible.

Pierre VINET est mort célibataire à La Motte, commune de Sainte Ramée, le 17 Décembre 1826, dans la propriété de son neveu Florentin CHENET, percepteur de profession.

Il faut dire aussi que Rainguet ne devait pas avoir beaucoup de considération pour Pierre VINET, au point - ce qui est incroyable - d' omettre son nom sur la liste des notabilités de St Ciers du Taillon dans l'édition 1864 de son livre d'Etudes Historiques sur l'arrondissement de Jonzac.
On l' a rajouté depuis.

Pierre Damien Rainguet avait le droit d'être monarchiste. Comme historien, il n'avait pas celui d'être dépourvu d'objectivité.


Il est regrettable qu'il n'ait pas eu la même attitude que celle de V. Belliard, curé de Nieul le Virouil qui, lorsqu'il avait transmis les lettres de VINET en annexe de son livre sur l' Histoire de sa commune, avait écrit dans sa préface : " je n'ai rapporté que des faits ou des documents authentiques, soucieux, avant tout, de la vérité".

Cette mise au point était nécessaire, car il serait injuste que ce qu'écrit Rainguet sur Pierre VINET,
dans un esprit royaliste partisan, reflète le jugement de l' Histoire.

Notre concitoyen d'il y a deux siècles mérite mieux que cela.

Je suis certain que les républicains que nous sommes feront ce qu'il faut pour lui rendre la justice que nous lui devons.
La parole lui sera rendue, sur Internet, à travers la publication des lettres qu'il avait adressées à son ami taillonnais de Nieul le Virouil.
Cette correspondance est pour nous une garantie de sa propre vérité. Elle constitue un patrimoine culturel historique et littéraire, un patrimoine bien petit, mais précieux.

Si aujourd'hui, la grande rue de "son St Ciers" peut s'appeler "Avenue de la République", il y est tout de même pour quelque chose !
Personne ne peut dire le contraire.

Son nom doit être présent sur son "avenue de la République". Elle est la sienne avant d'être la nôtre.
Rien ne conviendrait mieux que la petite place triangulaire située à l'intersection de cette avenue avec la rue des Lavandières.
Cela ne gêne en rien. Ce n'est pas une adresse postale.
L'endroit pourrait s'appeller indifféremment "Place Pierre Vinet", "carrefour Pierre Vinet" ou encore "Espace Pierre Vinet".

Il avait écrit ; "Je suis toujours prêt à rendre compte de ma conduite à mes commettants, et l'opinion publique, juge sévère, mais juste, se prononcera....".

Aujourd'hui, l'opinion publique, c'est nous.

 

N'oublions jamais !
Pierre VINET est le Taillonnais qui a pris part
à la fondation de la République, pour la première fois en France.

- Toute ma gratitude revient à Madame Marie-Louise LORIAUD
qui a bien voulu mettre à ma disposition ses archives familiales sur Pierre VINET.
Je la remercie.

- Merci également à Madame VIAUD 
qui m'a communiqué le dossier qu'elle avait préparé pour le Bicentenaire de la révolution, il m'a été très utile.

 

 

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