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Paul Saboureault

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Paul Saboureault

(1908-2001)

 

 

 

 

Taillonnais de naissance, cet ancien Commandant de l'Armée de l'Air est décédé à l'hôpital de Royan, le 12 Août 2001. Il avait 93 ans.

Se souviennent de lui à St Ciers seulement les membres de sa famille, de parenté plus ou moins éloignée, en petit nombre, et quelques personnes âgées. D'autres en avaient entendu parler. Pour la plupart d'entre nous, surtout dans les jeunes générations, il est complètement ignoré.

C'était cependant un homme d'exception. Il ne faut pas, par oubli dans sa commune natale, qu'il meure une seconde fois.
C'est pour cette raison que j'en parle aujourd'hui dans le Bulletin Municipal. Son souvenir honore notre mémoire locale.

Il fut l'un des inventeurs du premier planeur français et était détenteur d'un record d'altitude.
Pilote de bombardier pendant la dernière guerre, sa conduite au combat fut exemplaire.
Chevalier de la Légion d'Honneur à titre militaire, son nom va prochainement s'inscrire, en Charente-Maritime, sur le Livre Mémorial du Bicentenaire de cet Ordre National institué par la loi consulaire du 29 Floréal de l'An X - 19 Mai 1802 - en vue de récompenser les plus éminents services, tant dans le domaine civil que militaire.

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Paul, Marius, Roland Saboureault avait vu le jour un matin, à 10 heures, au village de Chez Gouit, le 16 Août 1908.
Ici, on l'appelait Marius, et encore maintenant.
Georges Saboureault, son père, alors âgé de 25 ans, était bourrelier. Il fabriquait des harnais, c'est à dire tout l'équipage de cuir d'un cheval, et aussi tout l'équipage de cuir d'une voiture (à cheval évidemment). Il travaillait dans le bourg, chez son propre père, et avec son frère. Tous les trois étaient bourreliers.
Laure Chaillot, 23 ans, la mère de Marius, vivait chez Gouit, avec ses parents. Elle était tailleuse. Ce terme désignait, autrefois, une couturière qui travaillait soit chez elle, soit à domicile.
Le père et la mère de Marius, après leur mariage, avaient loué une maison dans le bourg. Ils eurent deux fils. Jean, le frère de Marius, décédé à l'âge de 58 ans, était né le 11 Août 1911.
Cette même année, par la cession d'un terrain de la ville, les Chemins de Fer de l'Etat agrandirent leurs ateliers de Saintes. Cela permit à Georges Saboureault d'être recruté, comme bourrelier, à l'atelier des voitures et wagons. Il habita Saintes, avec sa famille, jusqu'à la grève de 1920.
Après avoir travaillé sur les quais de Bordeaux au déchargement du blé en sacs en provenance des Etats-Unis, il réintégra les Chemins de Fer, un an après, à Cognac pour environ deux ou trois années, avant de retourner à Saintes, jusqu'à sa retraite chez Gouit, pendant laquelle il a tenu, un certain temps, la recette buraliste de Sainte Ramée.
La SNCF absorba les Chemins de Fer de l' Etat au moment de la nationalisation des autres compagnies, le 1er Janvier 1938.
Marius, en 1928, quitta ses parents pour s'engager dans l'Armée de l'Air.

Il n'est pas allé à l'école à St Ciers. Par contre, il y fit sa première communion, une fête ce jour-là dans la famille. Le cué Chevallereau fit même des compliments sur la toilette de sa mère.
Des deux frères, Jean était, pendant leur adolescence, jugé le plus intrépide. Se jeter du haut d'un pailler, en utilisant un parapluie, au lieu d'un parachute, était l'un de ses amusements préférés. La première fois, ce fut une ombrelle. Elle lui causa, on s'en doute un peu, des désagréments douloureux à l'atterrissage. Marius avait aussi tenté l'expérience. Plus réfléchi et plus âgé, gageons qu'auparavant, il avait évalué et la hauteur du pailler et le diamètre du parapluie.

Jean, par la suite, sauta réellement en parachute. Faute d'avoir atteint l'âge requis, il avait signé un formulaire d'autorisation en imitant l'écriture de son père. Officiellement, il fut déclaré plus jeune parachutiste de France.
Marius, lors d'une de ses premières permissions, avait construit chez Gouit un modèle réduit de planeur. Une cousine, couturière comme sa mère, en avait cousu le revêtement.

Après avoir obtenu son brevet de pilote, il survola St Ciers sur un petit avion d'aéro-club, avec une passagère dont la meilleure amie habitait le bourg. Elle laissa tomber, près de la maison de cette dernière, sur le toit de la grange d'à côté, une lettre ficelée autour d'un caillou. Une échelle fut nécessaire pour la récupérer et sans doute pour changer une tuile ou deux. Cette lettre débutait ainsi :" Je t'écris du haut du ciel...". Phrase dont la naïveté fait sourire, pour ne pas dire plus. Elle paraissait moins ridicule autrefois, et doit être replacée dans son contexte. Toute la jeunesse d'alors rêvait de "monter" en avion. L'aviation fascinait et était devenue populaire. C'était la grande aventure. Des amateurs commençaient à construire eux-même leurs propres modèles. Les meetings aériens n'avaient jamais été aussi fréquentés. On y applaudissait les spécialistes de la voltige, comme par exemple Marcel Doret. Les femmes y prirent leur part : Maryse Bastié, Hélène Bouché. Le 16 Janvier 1933, Mermoz, sur "La Croix du Sud" avait, le premier, traversé l'Atlantique...

Marius a souvent survolé notre commune. Il disait bonjour aux habitants de chez Gouit, avec un foulard qu'il agitait. Ils eurent droit également à des acrobaties aériennes.
Les grand-mères parlent de lui avec nostalgie. Elles disent qu'il était bel homme et portait bien un uniforme toujours impeccable.
Il semble, selon certains, qu'il était un peu distant et n'acceptait pas trop être contredit, ce qui n'empêchait pas qu'on l'aimait bien, et qu'il avait des qualités de coeur.
Un jeune appelé taillonnais, venant d'être désigné pour servir sous ses ordres, s'en réjouissait. Pas longtemps, car ce n'est pas Marius qu'il eut en face de lui, mais le sergent Paul Saboureault, qui lui apprenait la rigueur et la discipline militaire.

Paul Saboureault avait épousé le 31 Octobre 1946, à Gensac en Gironde, Denise Madeleine Bessière. Elle est décédée depuis environ une quinzaine d'années; on la voyait souvent pendant les vacances. C'était une femme agréable, légèrement réservée, sans doute parce qu'elle ne connaissait pas bien les gens. Elle faisait ses courses dans le bourg et promenait un chien en venant à pied depuis chez Gouit par le chemin direct, actuellement un chemin du désert. Il était alors, des deux côtés, bordé d'une haie où chaque printemps fleurissait l'aubépine.

 

Eva Sala, une jeune stagiaire de la rédaction du journal "Sud-Ouest" à Royan a raconté, dans un article paru le 24 Août dernier, l'Histoire de l'invention du premier planeur français...Pour les personnes qui ne l'ont pas lue, en voici le texte :

Hommage à Paul Saboureault - le planeur ressuscité -

Le royannais Paul Saboureault, récemment décédé, était l'inventeur du premier planeur français. Des passionnés en construisent actuellement une maquette. Présidé par Guy Uriot, l'Avia Histori-Club, détaché de la Fédération Française de Vol à Voile et dont le siège se trouve à Montauban, reconstruit des anciens planeurs Avia. Il rend hommage en ce moment à Paul Saboureault, décédé la semaine dernière à Royan, après y avoir vécu trente ans. Avec deux amis, Joseph Touya et Edouard Bouissières, il est à l'origine de la création du premier planeur en France.

En Septembre 1930, Paul Saboureault, Joseph Touza et Edouard Bouissière, sous-officiers à la base aérienne de Cazaux (Gironde) viennent d'être brevetés mécaniciens par le centre éducatif de mécaniciens aviateurs qui se situait alors à Bordeaux. Ils s'intéressent de très près à un pilote allemand, Kronfeld, capable de voler sur des centaines de kilomètres sans autre moyen de propulsion que les forces internes de l'atmosphère. Cet exploit leur donne l'idée de développer une discipline encore peu connue dans la région, le vol à voile.

Grande aventure ! Les trois amis prennent d'abord contact avec une section de vol à moteur, la première tentative d'introduction de ce sport en France, sous l'égide de l'Avia, présidé localement par Pierre Marie. C'est le point de départ d'une grande aventure durant laquelle ils projettent de construire une machine simple, légère et peu onéreuse, s'adaptant facilement à l'utilisation ultérieure en vol de pente.
Le passage de la théorie à la pratique commence en Septembre 1931, avec l'aide des habitants du village de Cazaux.
La construction de l'engin ultra-léger demande deux ans de travail. Et en 1932, sous l'oeil amusé et médusé de la population locale, le planeur SBT - c'est son nom exact - prend son envol sur la plage de la Salie, propulsé dans l'air par une Harley-Davidson, moto robuste et puissante. Par la suite, les trois associés vont voler régulièrement , progressant en durée et en altituded. En grand champion, Joseph Touya, a même réussi des vols allant jusqu'à 4h 45.
Aujourd'hui, Jean Nouet, ancien chef d'atelier dans la construction aéronautique, et vice-président d'Avia, tente de reproduire une maquette télécommandée du planeur, avec l'aide du président de l'Arvert-Club, Pierre Delrieux.
Il s'agit d'un modèle unique : il n'en existe aucun plan. Les deux hommes travaillent donc à partir de photos d'archives et redessinent les plans sur ordinateur. L'objectif de cette maquettede quatre mètres de long, c'est de précéder la reconstruction du planeur grandeur nature, soit 13m10 de long.

 

Inhumation de Paul Saboureault à Royan, au cimetière Monperrier.

Nous sommes jeudi 16 Août 2001, en fin de matinée.

Son ami, le Colonel Gros, s'adresse directement à lui, par delà la mort:

" Adieu mon Commandant.
Une nouvelle vie commence, la vôtre. 93 ans plus tard, jour pour jour, vos amis se réunissent pour vous dire adieu.


Adieu à l'ancien combattant engagé à 20 ans dans l'aviation comme apprenti mécanicien, étape couronnée par le Brevet de mécanicien et le grade de sergent.
En septembre 1930, avec vos amis Joseph Toya et Edouard Bouissière, vous projetez de construire un planeur. En 1932, votre planeur baptisé SBT prend son envol. Cette réussite vous incite à vous inscrire en 1933 à l'Ecole de Formation des s/officiers du personnel navigant à Istres.
Nanti de votre brevet de pilote, vous voilà sergent-chef puis adjudant.

1939: la drôle de guerre vous fait connaître rapidement le baptême du feu au cours des missions de reconnaissance et de bombardement.
Après la qualification de 1er pilote et le grade d'adjudant-chef, votre conduite vous vaut en 1940 une citation à l'Ordre de l'Armée: "Pilote de tout premier ordre, d'un calme et d'un sang-froid remarquable, a eu son avion détérioré par l'éclatement d'une bombe, a continué sa mission sur les lignes et n'a fait demi-tour qu'après avoir constaté la défaillance d'un moteur, a réussi à ramener son équipage indemne et à se reposer avec une roue très détériorée sur un terrain étranger".

Le 14 juin, un épais brouillard est à l'origine d'un accident qui coûta la vie à votre co-pilote et vous laissa vous-même prisonnier de la ferraille avec vos deux avant-bras et votre jambe droite brisés.
Evacué sur l'hôpital de Bourges, vous devez votre vie à l'acharnement d'un chirurgien militaire allemand, qui vous rend, en outre, l'usage de vos membres. Vous êtes décoré de la Médaille Militaire.
Refusant la défaite, 1941 vous retrouve en Afrique du Nord comme pilote moniteur à l'Ecole d'Application du personnel navigant.

1945 vous apporte la barrette d'Officier et vous conduira en Indochine de 1950 à 1951.

Totalisant plus de 3250 heures de vol, vous êtes promu au grade de Chevalier de la Légion d'Honneur avant de prendre votre retraite, mais vous restez au service de divers aéroclubs. D'ailleurs en 1972, J. Claude Girod, Directeur-Adjoint de l'Aéroclub de France, vous écrit: " Je suis très fier de signer une licence au grand pilote que vous êtes".

Il y a aussi l'adieu à l'ami.

Vous aviez tendance à vous présenter comme ayant un caractère difficile. C'est peut-être un peu vrai, mais derrière celui-ci se cachait un coeur d'or. Je n'en veux pour preuve que votre appartenance à de nombreuses associations, que vous souteniez par vos cotisations et par des dons répété : "Les Vieilles Tiges", "Les Poilus d'Orient", "la Société d'Entraide des membres de la Légion d'Honneur", "l'Association des Médaillés Militaires", "l'Amicale des Anciens Tirailleurs et l'Association des Anciens Harkis".
L'affection que vous portiez à ces derniers remonte à l'accident relaté tout à l'heure; à l'hôpital où vous étiez dans l'impossibilité de subvenir seul aux actes élémentaires de la vie, des tirailleurs hospitalisés vous ont aidé à les assumer. Leur souvenir et le hasard qui vous ont fait connaître l'Amicale du 1er Régiment de Tirailleurs vous y ont fait adhérer, et en son sein vous aidiez ponctuellement l'un ou l'autre de ses membres dans le besoin.
Nous sommes là avec leurs représentants pour vous renouveler leurs remerciements.
La présence des présidents et des membres de ces diverses associations témoigne de l'estime qu'ils vous portent.

Ainsi donc, tous réunis, nous vous disons: " Au revoir mon Commandant".

Un au revoir que nous espérons dans l'au-delà, auprès de Dieu.

Adieu ! Inch' Allah !

 

P.S : le Colonel Louis Gros sera aussi présent, à St Ciers le 24 Novembre 2004, à la cérémonie organisée pour rendre hommage à Yves Delor (voir page Yves Delor).
Il est décédé dans sa quatre-vingtième année. Ses obsèques eurent lieu à Royan le 22 Juin 2007.

 

 

 

 

Maquette

 

 

 

 

Paul Saboureault devant une maquette en construction

(sources Sud-Ouest du 24 Août 2001)

 

 

 

 

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